Bagheerafrica

Baobab n°04 La Mauritanie

Le Baobab N° 04 (Mauritanie)

 

 

            C'est donc par un torride dimanche 30 septembre que nous arrivons en Mauritanie. Le vent qui souffle est brûlant et rouler avec les vitres ouvertes ne nous procure aucun bienfait. Côté passager, nous installons le volet tissu et aluminium  de protection de nuit pour empêcher les  puissants rayons du soleil de nous cuire. Nous ne trouvons pas d'ombre pour déjeuner, nous mangeons très rapidement, garés tout simplement à quelque dizaine de mètres de la route. Le thermomètre annonce 40° à l'intérieur de Bagheera, le réfrigérateur fonctionne sans discontinuer.

Ulysse est en enfer, pendant que nous roulons, il ne sait où se mettre, il tournicote sans cesse à l'arrière du véhicule en nous regardant d'un air de martyr. Eve installe une vieille serviette de toilette humide sur le caillebotis du coin toilette et notre fidèle compagnon de voyage et de « galère » s'installe à l'ombre tout en haletant. Il accepte régulièrement les petites pichenettes du vaporisateur d'eau qu'Eve lui envoie sur le museau. (Que les militants de la SPA se calment, nous faisons très attention à la santé de notre chien et nous veillons à son bien-être tout autant que le notre.)

           

            Alors, nous roulons vers Nouakchott, longeons sans pause la longue zone protégée du banc d'Arguin que nous avons visitée la fois dernière. Vers 18 heures, alors que le soleil mi-voilé s'apprête à plonger dans l'océan, nous prenons la large piste qui mène vers le village de Tiwilit. Nous bivouaquons bien avant les habitations (18° 52' 48N / 16° 10' 044W)

Le vent ne vient plus de terre mais de la mer. De vraies bouffées d'air frais et salin viennent à notre secours, le coucher du soleil nous apporte le soulagement, nous respirons enfin.

 

            Premier jour d'octobre, la brise marine a soufflée toute la nuit, mais ce matin le vent vire et se remet à souffler de terre, amenant avec lui des vagues de sable cinglant, rasant le sol. L'horizon se trouble. Nous revivons le calvaire d'hier et nous fuyont encore désespérément le soleil. Inutile de vous décrire dans quel état physique nous sommes. Pour vous mettre un peu sur la voie, nous sommes plutôt du genre « dégoulinant et puant »

 

            Nous arrivons avec bonheur à l'auberge Ménata située en plein centre de Nouakchott tenue par Olivia une jeune française très sympatique. (18° 05' 59N / 15° 58' 64W) cette auberge propose chambres et couchages sous tentes berbères mais aussi une petite cour où Bagheera trouve une place à l'ombre. (1500 ouguiyas/personne)

 

            Nous faisons un rapide aller-retour avec l'écrase-buffle à l'ambassade du Mali qui, se situe pas très loin de l'auberge. Nos passeports déposés dans la matinée, nous pouvons les récupérer soit à 12 heures 30, soit à 15 heures. (6500 F.CFA / personne)

 

            Au campement, le temps de faire la lessive pour Eve et de la mécanique pour Marc, qu'une coupure d'électricité nous prive de la douche tant attendue. Les pannes sont assez courantes dans la capitale mauritanienne mais, paraît-il ne durent jamais bien longtemps. (Pour une fois et il a fallu que nous soyons là, la panne dure jusqu'au lendemain matin !)

Il fait 45° dans le camion, aucun courant d'air ne vient nous rafraîchir, aucune boisson, même de l'eau plate sortant du réfrigérateur ne nous désaltère suffisamment.

 

            Il y a quelques jeunes routards à l'auberge et le soir deux fourgons français arrivent dans la courette. Laurent et Hélène font un véritable déménagement, ils viennent s'installer à Bamako, Odile, Christian et leurs deux enfants, Léna et Mathis sont en « bourlingue » en Afrique de l'ouest pour environ six mois.

 

            Ulysse, après avoir aboyé comme devant un terrible ennemi à l'approche de la tortue de la maison, décide finalement de faire « ami-ami » avec le reptile tranquille. Mais avec son museau il a beau lui pousser sa carapace, elle n'est pas du tout décider à jouer.   

 

            Nous investissons dans un nouveau téléphone portable Nokia débloqué. En achetant des cartes SIM dans les pays que nous allons traverser et visiter, nous sommes à partir de maintenant joignables la plupart du temps pour notre famille et nos amis. Nous disons la plupart du temps car dans certaines zones de brousse les réseaux de communications locaux ne passent pas.

 

            A la nuit tombée, derrière les murs d'enceinte de l'auberge, il fait toujours aussi chaud et nous passons la soirée sans électricité et sans eau. Nous prenons une douche rapide dans le camion et attendons patiemment que les degrés Celsius veuillent bien diminuer (même un tout petit peu) pour aller nous coucher. Nous laissons toutes les vitres et portes ouvertes pour la nuit, espérant de légers souffles d'air. Mais ce ne sont que les moustiques qui nous assaillent et nous n'avons pas encore installé la moustiquaire de lit ! Ce n'est pas malin. Si bien qu'entre les bouffées de chaleur, les « vironnements » des moustiques, les « tournicotis » et les gros soupirs d'Ulysse, les prières et les chants musulmans (c'est toujours le Ramadan), la nuit n'est pas terrible.

 

            Mardi 02 octobre 2007. L'électricité dans le pâté de maison de l'auberge n'est pas rétablie (dans les autres quartiers, la lumière est réapparue petit à petit dans le courant de la soirée d'hier) Aziz, un jeune garçon qui travaille à l'auberge nous conduit à la maison d'hôtes que tient également Olivia. Nous y faisons le plein d'eau et prenons nos douches.

 

            Comme tout le monde nous vante Atar, Chinguéti, une de deux anciennes villes caravanières de l'Adrar et l'oasis de Terjit,  nous décidons de nous y rendre et de ne pas quitter la Mauritanie sans avoir vu les plus beaux sites du pays. Mais le vent souffle de nouveau du désert, levant avec lui un voile opaque de sable et de poussière de ville. Il fait encore un temps caniculaire à ne pas mettre un blanc dehors ! La visibilité sur la route est de plus en plus mauvaise, nous pensons que dans ces conditions climatiques il vaut mieux rebrousser chemin et prendre la direction de la route de l'Espoir vers la frontière malienne. Ah ! Sacré Mauritanie, ce n'est pas encore cette année que nous y ferons vraiment du tourisme.

 

            De Nouakchott à Néma, on l'appelle la route de l'Espoir parce que, tel un cordon ombilical elle facilite l'accès entre les régions reculées de Tagant et des deux Hodhs, et la côte. Au fur et à mesure que nous avançons vers le sud/est, le vent se fait moins violent, jusqu'à disparaître. Le sable envahissant fait place à une végétation tout d'abord clairsemée et rase devenant de plus en plus luxuriante au fil des kilomètres. Les chèvres, les dromadaires et les vaches se rassemblent autour des trous d'eau pour se désaltérer. Les femmes et les enfants sont alanguis sous les kaïmas (tentes traditionnelles) la chaleur obligeant chacun à se mettre à l'ombre. Beaucoup de cadavres d'animaux morts et de carcasses de voitures abandonnées gisent sur le bas côté de la route.

 

            Le démarreur de Bagheera nous refait des caprices, la canicule doit y être pour quelque chose. Après un arrêt pipi collectif, le camion refuse de démarrer. Comme par enchantement, les habitants du petit village éparpillé de chaque côté de la route sortent des tikit (cases traditionnelles). Un seul automobiliste s'arrête. Le camion est légèrement sur le bas côté pentu. Avec force et motivation marc et le mauritanien réussissent à pousser la bête de plus de quatre tonnes. Eve est au volant, marche arrière enclenchée. Oh Hisse ! Le moteur hoquette, hoquette encore et démarre !

 

            Nous arrivons au village d'Aleg à 250 kilomètres de Nouakchott. Selon le guide du routard, ce village est traditionnellement une étape pour se restaurer car la spécialité de la ville est la chèvre grillée. De nombreux établissements sont installés de chaque côté de la rue principale de la ville. Des nattes et des coussins chatoyants recouvrent le sol terreux. Les morceaux crus de chèvres sont accrochés sous la tente attendant d'éventuels clients.

Eve se renseigne des prix pratiqués en faisant jouer la concurrence et c'est finalement chez Aïcha que nous posons nos postérieurs sur les coussins mœlleux et que nous choisissons notre morceaux de viande qui est cuit en méchoui en quelques minutes. On nous fait laver nos mains et nous pouvons dès lors piocher dans le plat de la main droite et chasser les nombreuses mouches qui s'invitent sur notre dîner de la main gauche. Nous mastiquons la viande un peu dure, quelques bouchées nous suffisent, nous emportons le reste pour le repas d'Ulysse de demain.

            Installés en bivouac sauvage, il fait trop chaud pour faire de la cuisine à l'intérieur du camion, on se contente de bananes chaudes et d'un morceau de pain, chaud lui aussi.

Nous installons toutes les moustiquaires, celle du lit est en place fixe maintenant et nous laissons la porte latérale ouverte une bonne partie de la nuit. Même si il dort à l'intérieur, nous attachons Ulysse, on ne sait jamais ! Une odeur de femelle en chaleur et hop ! Notre bel étalon noir pourrait bien vouloir se carapater pour faire « ami-ami »

 

            Le lendemain, pour éviter au maximum de rouler en pleine chaleur, nous partons assez tôt, non sans avoir fait cuire des œufs durs et des morceaux de poulet dans la cocotte.

 

            A Sangrafa, village animé et sale, nous bifurquons sur la gauche. La piste annoncée par le guide du routard est en fin de compte une belle route goudronnée menant au massif rocheux du Tagant. Nous traversons alors une zone de dunes jusqu'à Moudjéria, puis nous montons par la passe d'Achetf qui nous donne une vue superbe sur l'ancienne ville coloniale et la mer de dune qui l'entoure. De l'autre côté, nous arrivons au petit village de N'beika avec sa petite oasis et ses cultures de maïs. C'est à l'ombre d'un imposant arganier et toujours en peu en pente pour pouvoir démarrer si notre démarreur recommence ses bêtises, que nous déjeunons tranquillement.

 

            Au bivouac de nuit, c'est toujours la même sinécure pour trouver le sommeil dans ce fourneau qu'est devenu notre habitacle. Il fait plus de 35° ! Pour des raisons d'énergie, il nous faut choisir entre le frigo et le ventilateur du lanterneau de toit. Nous choisissons le ventilo !

 

            Hier, Ulysse s'est gavé d'herbe pour se purger si bien que pendant la nuit il vomit, mais notre chien est économe, il remange tout !

 

            A Kiffa, nous faisons une tentative de piste pour rejoindre Kayes au Mali (200 Km environ). Dès les premiers kilomètres, nous constatons que la saison des pluies a laissé de fortes crevasses. Nous abandonnons et préférons jouer  sur le goudron.

 

            A l'entrée de Tintane, nous sommes déviés. La ville a subi au mois de juillet d'importantes inondations. La catastrophe climatique a fait de nombreux morts ainsi que de sérieux dégâts matériels. Les tentes de l'ONG-Espoir abritent les familles mauritaniennes victimes des eaux et une école provisoire sous bâches est installée sur les hauteurs. Nous voyons au loin la vallée encore noyée.

 

            A Aïou el atrous, le soleil couchant inonde de ses rayons flamboyants les roches sombres dignes d'un décor naturel de western. Le ciel lourd de nuages gris sombre devient menaçant.

            Nous avons souvent eu des contrôles de police et de gendarmerie en Mauritanie mais tous se sont passés courtoisement. Ce soir, le policier qui nous arrête nous demande ouvertement des cadeaux. Devant notre refus catégorique, il change de ton et nous réclame sans sourire, l'assurance du véhicule qu'il lit de long en large et de haut en bas sans rien trouver à y redire ! Nous avons droit à un « passez » froid et distant.

 

            La nuit tombe, nous sommes sans bivouac, quelques gouttes de pluie s'écrasent sur le pare-brise. Nous avons juste le temps de nous écarter de la route, de trouver un petit promontoire que c'est le déluge et la tempête. Un jeune chamelier hystérique s'agite autour de Bagheera à grands gestes désarticulés, yeux exorbités et cris démentiels. Nous pensons que notre présence le gêne mais il nous ait impossible de communiquer. Un autre jeune chamelier, reste prostré au pied d'un pauvre arganier qui ne le protège guère. Eve le siffle et l'invite à entrer dans le coin toilette. Tout penaud, ne voulant pas bouger tellement il dégouline, il reste avec nous le temps que l'orage passe. Les grondements et les éclairs démentiels durent pendant près d'une heure. Une fois la tempête terminée, il rassemble son troupeau de dromadaires et disparaît dans les ténèbres emmenant avec lui l'autre chamelier « fou »

 

La pluie a rendu l'atmosphère plus respirable et nous dormons mieux.

 

Demain, c'est le passage des frontières mauritano-malienne, alors, préparez vos passeports.

 

 

Mille bisous à vous. Eve, Marc et Ulysse.

       

        

        

 



19/02/2008
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