Bagheerafrica

Baobab n°24 Le Congo

         Le Baobab N° 24 (fin du Gabon) Congo.

 

 

 

            Lundi 7 janvier. Nous sommes toujours pour quelques heures encore au Gabon. A Laconi, comme les bureaux des douanes ne sont pas proches de ceux de l’immigration (ce serait trop simple) nous rebroussons chemin de plus de 10 kilomètres pour faire tamponner notre Carnet De Passage en Douane. Nous revenons ensuite à Laconi, mais ce n’est pas pour autant, qu’une foi la ville passée, nous trouvons la frontière congolaise, celle ci est à plus d’une centaine de kilomètres de là.

 

            Nous avons du mal à repérer la direction du Laconi Canyon par rapport aux nombreux way-points donnés par Claude et Alain d’ Africacy. Pas étonnant, depuis leur passage en 2002, des travaux importants de voieries sont en cours. Les pistes ont fait place maintenant à une très belle route goudronnée. Finalement à force de témérité, de tours, de contours et de nombreuses demandes pour trouver notre chemin (voir les W.points pour le chemin de piste dans la rubrique Bilan par pays) Bagheera se retrouve à rouler sur une piste étroite et sablonneuse à travers la montagne. Une descente abrupte au risque d’un ensablement nous pousse à laisser Bagheera en pleine nature à moins de deux kilomètres du canyon. Courageusement, nous décidons de les faire à pied. La balade vaut la chandelle, un super spectacle nous attend au bout de l’effort. Les roches du canyon ont été magnifiquement érodées depuis des millénaires par les éléments naturels et ont formés de superbes hauts pics et dents rocheuses incrustés dans de profonds cratères.

Le retour de la promenade est nettement moins drôle pour tout le monde, il fait très chaud et nous n’avons pas emmené d’eau pour boire. Ulysse qui courait comme un dératé à l’aller, tire maintenant la langue et est obligé de faire de nombreuses haltes pour se coucher à l’ombre maigre de rares arbustes. Eve lui enlève son bandana et son collier en métal qui doit lui chauffer l’encolure. Au loin, Bagheera, petite tâche jaune sur le vert pâle de la montagne nous paraît si loin, trop loin !

 

            Le dernier contrôle de police gabonais se fait à kabala. Le policier qui n’a pas souvent l’occasion de rencontrer notre genre de touristes, prend son temps pour recopier les infos de nos passeports sur une simple feuille blanche. D’après lui, du côté congolais, les chinois sont à pied d’œuvre pour la construction de la route. Euh, à voir l’état de la piste de sable que nous empruntons et des profondes ornières qui distordent Bagheera, ils sont encore loin d’être arrivés à la frontière. Ce n’est qu’un peu avant la ville d’Obouya (nous ferons environ 200 kilomètres) que nous verrons les géomètres asiatiques en plein relevés topographiques.

 

            Une simple barrière en bois nous signale que nous passons au Congo (ex Congo Français) à Mbié. Les bureaux du service de l’immigration se trouvent dans une minuscule case en bois et feuilles de palme. Les douanes ne sont pas dans le même village mais à Lekiti et c’est un simple policier qui fait les formalités, il n’y a plus de douanier en poste.

 

            Peu avant la nuit, nous dénichons notre bivouac. Un terrain de foot pas encore « tondu » va très bien faire l’affaire (01° 21’ 364S / 15° 03’ 490E). Les maisons du village d’Okélé sont toutes proches ce qui nous amène l’affluence habituelle autour du camion et la visite officielle du secrétaire du chef du village.

           

            Tous les soirs, depuis le « grand crac » c’est la galère pour mettre le lit en place  (le support du vérin est cassé) et tous les matins c’est la chianlie pour le remonter et le bloquer.

            Il fait un gros orage pendant la nuit, les éclairs sont d’une violence inouïe, la foudre, dans un bruit d’enfer, tombe tout près de notre case roulante.

 

            La pluie ne  nous quitte que dans le milieu de la matinée du lendemain alors que nous roulons depuis plusieurs heures sur une piste de plus en plus en mauvais état. Les trous, les bosses, les ornières et les bourbiers nous sont redevenus coutumiers. Les femmes transportent le bois pour la cuisine, non plus sur la tête mais dans de grandes hottes qu’elles portent sur le dos. A notre approche des villages, c’est la ruée au bord de la piste. On se croirait au passage d’une des épreuves du rallye Paris Dakar. Tout le monde crie en agitant les bras. Nous ne savons pas ce que les villageois nous disent mais ils le font au moins avec le sourire.

 

            Nous retrouvons le goudron à Obouya et le premier contrôle de police congolais se passe bien, nous avons remis nos ceintures de sécurité dès la piste finie. Marc, pour gagner du temps en palabres leur donne des copies de nos passeports.

 

            La nationale est bordée de très nombreuses habitations. Cela ne va pas être facile de trouver encore une fois un coin tranquille pour dormir. La piste vers Akala est une bonne aubaine pour nous. Au bout de quelques kilomètres un petit dégagement nous sert de refuge pour le bivouac de nuit. C’est loin d’être isolé, nous sommes à proximité du village d’Oyon.

(01° 32’ 83 S / 15° 52’ 41 E). Plusieurs silhouettes apparaissent sur la piste mais Ulysse tient à distance pour un petit moment, les autochtones les plus curieux.

 

            Mercredi 9 janvier. Comme souvent, au petit matin, dès que nous pointons le bout de nos nez en dehors du camion, les villageois se précipitent à notre porte (à croire que nous sommes épiés) c’est tout juste si nous pouvons pisser tranquillement en brousse.

David, directeur d’un établissement scolaire et un instituteur profite de Bagheera-taxi-brousse pour rejoindre leur collège. Depuis quelques temps, la colère monte dans l’enseignement, il y a un préavis de grève lancé à l’éducation nationale. Le personnel éducatif revendique de meilleures conditions de travail et des augmentations de salaire. David, le directeur gagne par mois, 85 000 F/CFA (soit 130 €) certains instituteurs sont remplacés par des bénévoles rémunérés par des parents d’élèves et gagnent 15 000 F/CFA (23€) Dans le collège où travaille David, il y a 4 enseignants pour 580 enfants !

 

            Nous traversons une zone de culture où le manioc est roi. Les racines épluchées sèchent au soleil sur des bâches puis sont vendus sur le bord de la route dans des bassines.

Nous faisons un peu de ravitaillement de fruits et de légumes. Tomates, oignons, pommes de terre, tout est vendu par plusieurs kilos, pas moyen d’acheter au détail. Du coup nous allons faire dans les prochains jours une cure d’avocats car pour à peine un Euro, nous en avons dix.

 

            Nous approchons rapidement de Brazzaville, pas question de rentrer en ville ce soir. Nous bivouaquons dans les parages du fleuve Congo, près d’une maisonnette en tôle dont les propriétaires acceptent sans hésitation notre voisinage (04° 09’ 675S / 15° 18’ 873E)

Le fleuve Congo ou fleuve Zaïre est le deuxième fleuve d’Afrique après le Nil. Il s’élargit à Brazzaville pour former un lac, le Malebo Pool.

 

            Jeudi 10 janvier. Nous arrivons à Brazzaville (capitale du Congo) en début de matinée, il y  a déjà des embouteillages. Les très nombreux taxis blancs et verts sont les maîtres sur les avenues de la ville. Nous appréhendons toujours les passages par bacs sur les rivières et nous savons que les traversées sur le fleuve Congo entre Brazza et Kinshasa peuvent être assez aventureuses, cela nous stresse un peu.

            Dès que nous arrivons devant le port (le beach) nous sommes pris en charge par un jeune homme qui nous explique rapidement toutes les démarches à faire. Il nous faut tout d’abord nous acquitter du paiement de l’entrée du port : 10 800 F/CFA soit 16 euros. A partir de là, nous pouvons entrer à pied dans l’enceinte du port pour faire tamponner nos passeports au guichet du service de l’immigration (c’est rapide). Mais voilà, cela se complique un peu. Bagheera a un gabarit un peu hors du commun (hauteur 3,50m) et les deux bacs qui assurent habituellement les transports des gros véhicules sont en panne. Notre guide nous « plaque » gentiment en nous indiquant que pour régler le passage de notre voiture un peu spéciale, nous devons trouver un certain monsieur Victor Olouzobo. Nous regardons avec effarement la foule agglutinée devant des tas de bureaux et hangars, comment trouver notre brave homme ?

C’est alors que Roselyne, une jeune femme qui travaille au service informatique des douanes s’accroche à Eve et devient notre « ange gardien » son oncle Monsieur Oba est un des responsables du port (on ne sait plus à quel niveau) mais il est également un ami de Michel Tshibuabua !

Grâce à Roselyne, nous trouvons aisément le fameux monsieur Victor Olouzobo et nous obtenons nos billets de transport sans faire la queue au guichet de la compagnie  (ce qui d’ailleurs ne plait pas à tout le monde, entre autre aux flics, mais Roselyne ne se laisse pas faire !) notre carnet de passage en douane est tamponné par un colonel des douanes en personne !

 

            Billets et reçus en poche, nous attendons avec impatience notre embarquement. Ulysse est consigné dans le camion, nous n’avons pas envie d’attirer l’attention des autorités sur notre chien.

 

            Partis de quais voisins, deux bateaux accouplés s’amarrent en bout de quai, ils sont déjà surchargés de passagers et de bagages. Peu avant l’accostage, nous voyons avec effarement des militaires armés de matraques et de bâtons se diriger d’airs et de pas décidés vers les embarcations surpeuplées. A bord des bacs, une certaine agitation se crée, des silhouettes se déplacent furtivement parmi les passagers, des jeunes gens courent, se cachent, ou se jettent à l’eau. La chasse aux clandestins est ouverte ! Les coups pleuvent sur ceux qui n’ont pas pu se dissimuler à temps, ils sont aussitôt ramenés à terre les mains sur la tête ou les bras dans le dos.

            Pendant ce « spectacle » pénible et lamentable, trois voitures se sont lentement engouffrées à travers la cohue des passagers sur les bateaux accouplés qui ne tardent pas à appareiller. Les clandos qui ont eu le temps de se jeter dans le fleuve remontent à bord avec l’aide des voyageurs, tous ceux qui ont échappé à la rafle narguent, crient et raillent sur les militaires à terre qui ont terminés leur sale besogne. Nous ne sommes pas sur le tournage d’un film, les scènes auxquelles nous assistons en totale impuissance ainsi que des centaines d’autres personnes, ne sont pas du cinéma. Les agents de sécurité du port deviennent de plus en plus nerveux et hargneux au point de s’en prendre durement à certains passagers qui attendent patiemment des embarquements, ce n’est pas le moment de sortir l’appareil photo ni le caméscope.

 

            A 14 heures, nous embarquons avec deux autres voitures sur un bac pratiquement vide de voyageurs. La largeur du pont du bateau est légèrement supérieure à la longueur de Bagheera. Faut bien caler les gars !

            Pendant la traversée qui dure environ une heure, Eve discute avec Papy, un jeune garçon qui passe avec trois amis, de Brazzaville à Kinshasa en clandestinité. Ils n’ont pas payé leur passage du bac et essaient de passer en fraude des sacs de tissus et de vêtements.

            A l’approche du port de Kinshasa en République Démocratique du Congo, ils se préparent à un débarquement musclé en se protégeant le dos avec les lourds sacs de marchandises. Sur les quatre, deux réussissent à passer le cordon de flics qui sont moins virulents qu’au Congo, Papy et un de ses compagnons sont arrêtés et entament une longue négociation…

 

Mais fini de jouer les touristes trop curieux et trop voyeurs, sous les injonctions des policiers, il faut sortir du bateau rapidos et faire nos papiers d’entrée en R.D.C.

 

 

Bisous à vous, Eve, marc et Ulysse.

 



20/10/2008
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