Bagheerafrica

Chapa n° 4 Le Mozambique

Le Chapa N° 04 (Mozambique)

 

 

Bivouacs. Vendredi 14 novembre. Nous venons de dépasser Nacaroa à environ 70 kilomètres de Niamalo. Le petit chemin de terre s’enfonce dans la forêt, ce n’est qu’au bout d’environ 500 mètres que nous trouvons un étroit dégagement de terre brûlée pour nous garer et ne pas gêner, là au moins nous serons au calme et tranquille. Et bien non, voilà qu’un premier piéton se pointe venant probablement de l’école, deux petites gamelles de haricots noirs dans les mains qu’Ulysse s’empresse d’aller renifler. Le jeune homme pas trop rassuré stoppe net et il me faut le rassurer et garder le chien au pied pour qu’il continue sa route. Quelques minutes plus tard c’est deux autres hommes qui passent sans trop de crainte et qui nous disent revenir également de l’école. Ce n’est pas un chemin mais un vrai boulevard. Avant le noir complet de la nuit, pendant  que je promène le chien, histoire qu’il se dégourdisse les pattes car nous avons fait beaucoup de route aujourd’hui, j’entrevois une silhouette de femme au loin devant nous dans le milieu du chemin, à la vue d’Ulysse qui se dandine tranquillement à quelques mètres devant moi, elle rebrousse chemin très brusquement. Encore une africaine d’effrayée ! Quelques instants plus tard alors que nous sommes revenus au camion et que la nuit s’installe doucement, la femme revient cette fois accompagnée d’un jeune homme qui pousse un vélo lourdement chargé d’un gros sac. Ils approchent lentement et pour éviter qu’ils n’aient davantage peur, je sors du camion et leur crie dans mon portugais de bazar qu’ils peuvent passer et qu’il n’y a pas de problème avec le chien, (le caon) Toujours est-il, qu’à ma vue (horreur, malheur, une blanche !) ou au mot chien, ils sont pris tous les deux de panique et préfèrent se frayer une piste dans la brousse plutôt que passer devant nous.

La nuit est maintenant bien installée, nous prenons notre apéro tranquillement et je prépare le repas du soir quand nous entendons des voix dans l’obscurité. Des ombres se profilent sur le chemin et des rumeurs nous parviennent d’une piste proche, nous pensons tout d’abord que c’est encore un groupe de personne qui veut passer et qui se méfie mais nous optons finalement plutôt pour une bande de curieux. J’allume la lumière extérieure, je ressors du camion et baragouine le même discours que quelques minutes auparavant, ça ne fait pas fuir les mozambicains qui cette fois-ci se rapprochent du camion. Il y a bien plus d’une dizaine d’hommes et quelques jeunes garçons avec machettes et outils de jardinage. Nous leur expliquons que nous allons dormir ici et que nous avons un chien en guise de gardien. Derrière la moustiquaire, Ulysse ne bronche pas jusqu’à ce qu’il détecte la présence d’un chiot qui accompagne les visiteurs nocturnes. Il sort en trombe du camion sans aboyer mais cela fait fuir à mille à l’heure toute la smala africaine en direction des buissons alentours. En deux secondes le vide s’est fait autour de nous et je m’excuse comme je peux auprès des plus courageux qui sont restés dans le chemin. La scène fugitive était vraiment cocasse et nous ne pouvons qu’en rire.

La soirée se déroule comme une soirée au bivouac, après le diner et le dernier petit pipi en cœur sous le ciel étoilé, nous regagnons notre lit et Ulysse son siège avant (en position couchette s’il vous plait) Nous sommes en pleine lecture quand nous entendons encore du bruit. Mais c’est pas vrais, ils ne vont pas nous laisser tranquille dans ce coin perdu ? Les voix se rapprochent, nous éteignons la lumière et feignons de dormir, Ulysse ne grogne pas. Les hommes parlent de plus en plus fort, aux tons employés nous supposons qu’il y a dispute entre eux et nous ne répondons pas aux nombreux « boa noite » (bonne nuit) qu’on nous lance de dehors et autres paroles en dialecte. Cela dure de longues minutes, de trop longues minutes. Soudain, de légers crépitements se font entendre, puis des lueurs jaunes apparaissent derrière nos stores baissés, ils sont en train de foutre le feu à la brousse ces cons. Sur la piste à notre gauche, nous voyons bien les silhouettes attisant les broussailles avec des fétus de paille enflammées, les hommes entonnent des chants incantatoires lugubres et angoissants. Fini de faire semblant, nous nous levons rapidement, enfilons nos vêtements, rangeons illico ce qui peut se gammeler.

En bivouac, nous ne laissons jamais rien trainer à l’extérieur du véhicule et nous installons toujours le camion prêt à partir si la situation le demande et ce soir c’est le cas, ce n’est pas notre jour de chance. Nous verrouillons systématiquement nos portes la nuit ainsi que les fenêtres de devant mais nous ne fermons pas celles du carré ni le hublot de toit, surtout si il fait chaud. Malgré les plaques d’envol installées sur les deux grandes fenêtres latérales, je ferme les vitres, Marc s’installe au volant, je suis à côté un peu tremblante. Les villageois continuent de mettre le feu le long du chemin à venir vers nous, ils s’attaquent maintenant furieusement à la brousse de notre côté, il n’y a plus de temps à perdre même si l’endroit où nous sommes a déjà été brûlé. Marc met le contact, Bagheera rugit dans la nuit, il allume les phares et nous enlevons rapidement les volets souples du pare brise et des deux vitres. Au bruit du moteur et à la lumières des phares, les ombres fantomatiques disparaissent du chemin pour se cacher dans les taillis, les pyromanes deviennent invisibles, cela en est inquiétant. Je presse Marc d’aller plus vite, mais la petite piste est assez mauvaise et des branches basses nous obligent à ne pas foncer. Nous passons entre les flammes qui sont de plus en plus vives et hautes, aucuns démons ne sort de la brousse. Devant nous, sur la grande route, des lumières de lampe- torche, il y a du monde à nous attendre et à nous faire de grands signes. Marc ne ralentit pas, au contraire, au moment de monter sur le goudron il accélère pour pouvoir au plus vite nous éloigner de cette bande de fous.

Je suis désolée Cély de traiter tes compatriotes de la sorte mais ils nous ont foutus drôlement les boules. Derrière nous les petits points blancs des lampes s’éloignent tandis que de la brousse s’échappe le halo du brasier et sa fumée.

Marc roule le plus vite qu’il peut, la nuit est sans lune, il est tout juste un peu plus de 20 heures et il n’y a aucunes lueurs dans les maisons au bord de la route car même si nous ne les voyons pas, nous savons que la route est bordée de cases.

Nous échafaudons des explications à ce qui vient de se passer. Nous pensons qu’Ulysse est la cause de cette « agression » que la femme et le jeune homme en vélo ont eu très peur de l’apparence de notre chien, que parmi nos visiteurs qui semblaient amicaux, certains ont peut être eu la frayeur de leur vie en voyant Ulysse débouler du camion sans prévenir et que pour beaucoup cette bête noire a été perçue comme un démon et non comme un simple animal de compagnie. Heureusement qu’Ulysse n’a pas aboyé au moment où on se faisait déloger car nous imaginons que cela aurait pût déclencher chez les hommes des réactions peut être plus frénétiques et violentes. Bref maintenant on peut imaginer n’importe quoi ! 

Notre terreur se dilue au fil des kilomètres, mais nous ne voyons pas où nous pouvons de nouveau nous arrêter pour dormir. Ce n’est qu’après plus de 60 kilomètres et peu avant Namialo que nous repérons un vaste parking devant l’immense usine de coton SANAM. Nous  garons le camion pas très loin des guérites des gardiens mais personne ne vient s’inquiéter de notre présence et nous nous couchons tout en ayant encore en tête les images de cette affreuse mésaventure. Mais le sommeil ne vient pas tout de suite, une voiture se gare pas très loin de nous. C’est vendredi soir, un groupe de jeunes, écoute de la forte musique techno, on se croirait revenu à Maputo chez Fred et Cély, mais tout compte fait c’est mieux qu’une bande de fous furieux à nos basques.

 

Après une aventure pareille, je ne suis plus tellement rassurée pour le moment à faire du bivouac dans des endroits totalement isolés. Nous recherchons maintenant des lieux un peu en retrait de la route mais pas trop éloignés d’habitations même si cela nous vaut d’être observés de longues heures par des adultes et des enfants curieux.

Les moments les plus difficiles sont lorsque nous mangeons où lorsque je prépare le diner. Ce n’est pas trop un problème quand je cuisine à l’intérieur mais quand il s’agit de faire un feu pour le barbecue, c’est toujours gênant de le faire devant tous ces gens qui ne mangent sûrement pas trois fois par jour comme nous et de les faire saliver avec des odeurs de poulets ou, steaks grillés. Nous essayons au maximum de faire de Bagheera un rempart visuel.

 

Notre dernier bivouac au Mozambique se fait à une quinzaine de kilomètres de Mandimba, la ville frontière avec le Malawi (nous y avons déjà séjourné une nuit en allant vers Lichinga) Nous nous installons tranquillement dans une petite clairière qui surplombe une rivière où quelques gamins sont venus se rafraîchir et jouer. Mais dès que nous approchons, ils ramassent leurs effets et s’enfuient à travers champs. Nous sommes encore une fois le point de mire des villageois et beaucoup de monde se tasse sur le pont et sur la route pour nous épier. Quelques signes de la main, mais personne ne s’approche du camion, la silhouette d’Ulysse dissuade les plus téméraires. Ce sont finalement deux militaires armés qui viennent nous rendre visite. Ils ne comprennent pas pourquoi nous allons passer la nuit ici alors que le poste frontière n’est pas loin et pas encore fermé. Je leur explique que Marc est fatigué par la piste que nous venons de faire et qu’il est en train de se reposer, que le camion qui a de petits soucis ne roule pas bien vite et que nous connaissons déjà cet endroit pour y avoir passer une nuit il y a quelques jours. Ils s’en vont sur ces brèves explications mais reviennent à la charge après avoir fait même pas une vingtaine de mètres. Ulysse les entend revenir et saute du camion, le plus jeune militaire embraye son arme, je sors rapidement, ils ont peut être la gâchette facile dans le coin ! Curieux ou soucieux, ils demandent à voir notre itinéraire au Mozambique et nos passeports puis repartent définitivement.

 

 

Route. Nous voulons gagner le lac Malawi en passant par la piste qui part de Nampula pour rejoindre Lichinga. Nous avons 650 kilomètres à faire. Commencent alors de longs kilomètres pénibles et poussiéreux, on se croirait revenus au bon vieux temps du voyage au Mali où la poussière fine s’infiltrait partout à l’intérieur du camion (la première chose à faire en arrivant au bivouac est de balayer) et la piste tôlée n’arrange pas la carrosserie autour du pare brise. Nous roulons dans un paysage montagneux entre 600 et 1300 m d’altitude, ponctué de plaines, de montagnes, de plateaux et de pains de sucres, de nombreux villages tout en longueur jalonnent notre parcours. Les terres deviennent de plus en plus fertiles et cultivées de l’incontournable manioc mais aussi de haricots, d’oignons et de bananiers, il n’y a plus d’anacardiers mais des manguiers à profusion.

C’est en traversant un de ces minuscules villages que nous faisons le plein de nos trois bouteilles d’eau de 5 litres à la pompe. Il n’y a pas une longue file d’attente et les femmes réunis autour de ce point vital sont toutes souriantes et s’amusent de me voir pomper.  

De Lichinga à Métangula c’est du goudron, le luxe ! Nous arrivons enfin en vue du lac Malawi. Métangula situé sur une presqu’île n’a rien d’une station balnéaire et la plage est sale, nous continuons la petite piste qui suit sur environ 5 kilomètres les berges du lac pour arriver à Chuwanga, minuscule village où nous nous installons pour plusieurs jours.

 

 

Campings. Le village de Chuwanga est tout en longueur mais pas bien grand, aucunes  pancartes n’indiquent le Centre touristique de katawala et nous comptons encore de nombreuses fois sur les indications des villageois pour y arriver. Nous sommes pratiquement sur la plage mais il faut faire appel aux plaques d’envol pour avancer dans le sable épais et mou. Nous posons nos roues pour trois jours et demi. Katawala n’est pas vraiment un camping, il y a  des chambres à louer et des petits bungalows, il n’y a donc pas de sanitaires disponibles pour des campeurs. Pour quelques meticals supplémentaires, Alicia nous donne les clés d’une des chambres, nous avons accès aux WC et à la douche qui se fait avec l’eau du lac au seau et au pichet, autant aller se laver dans le lac directement ! Nous lui demandons également l’autorisation de nous brancher sur une prise électrique. Quand elle n’est pas là, c’est moi qui suis de corvée pour le remplissage des seaux directement dans les eaux du lac (pour la chasse d’eau) mais il y a de quoi être constipé, de gros cafard trainent dans la chambre et dans les toilettes.

Nous ne sommes pas dans le « camping » même mais en limite, nous nous retrouvons donc sur le passage des enfants qui vont s’amuser et se baigner à la plage et des femmes qui vont au lac faire leur toilette, la lessive et la vaisselle.

Les mômes aiment à nous regarder nous activer ou ne rien faire, ils réclament sans cesse la balle pour jouer avec Ulysse qui se fatigue vite avec la chaleur et préfère aller se baigner dans l’eau chaude (28°) et douce du lac qui prend des allures de mer peu agitée à agitée  quand les orages grondent et que le vent se lève. Les soirées sont douces au bord du lac mais nous avons certains soirs des hannetons et autres bestioles volantes qui virevoltent autour de nos têtes et nous bligent de nous retrancher dans le camion, portes et vitres ouvertes mais protégés par les moustiquaires.

Un groupe de gamines malicieuses chantent et dansent pour notre plaisir, nous passons quelques bons moment ensemble à jouer dans l’eau et je partage avec elle mon shampoing, elles sont très intriguées par mon piercing de nombril. Tous les enfants ne vont pas à l’école et les fillettes ne parlent pas toutes le portugais, ce sont les garçons qui traduisent, je sors mes cahiers de coloriage et mes crayons de couleurs, quelques petits « privilégiés » pendant un moment, s’adonnent joyeusement et consciencieusement au barbouillage.

Le dernier jour, nous faisons la connaissance d’Anna, la propriétaire. Le prix qu’elle nous demande pour notre séjour n’est pas le même que celui convenu avec Alicia. Pour avoir utilisés les sanitaires d’une des chambres et que celle ci ne pouvait donc plus être louée, nous aurions dû payer 600 meticals au lieu des 200, mais ce qui est convenu est convenu et finalement elle ne nous fait pas payer plus cher que ce que nous avions prévu.

Pour ressortir du camping nous recommençons le ballet des plaques d’envol sous les yeux presque amusés d’un groupe d’ados qui ne m’auraient pas aidé à ratisser le sable !

 

En pleine ville de Lichinga nous campons à la Quinta Pesseguueiro cachée dans une forêt de pins. Nous y sommes tranquilles, mais tout comme dans la ville, il y a des soucis pour le ravitaillement en eau. Je tiens pourtant à faire un peu de lessive car avec la poussière que nous avons accumulée sur la piste il est grand temps de changer de vêtements et de draps. Le gardien me ramène de l’eau dans un seau et je lave mon linge à l’extrême économie. Il y a des douches et des toilettes mais les WC sont beurk et avant de nous doucher il faut faire le ménage dans le bac à douche crasseux et dans la baignoire (non, nous ne prendrons pas de bain moussant) qui est devenu le refuge d’un lézard paresseux. Nous sommes à 1300 mètres d’altitude, il fait bon pendant la journée et même frais le matin avec seulement 20° pour prendre le petit dèj dehors. Les nuits ne sont plus autant étouffantes qu’en brousse et nous n’en dormons que mieux.

 

 

Bobos de Bagheera. Pour le moment, c’est Bbagheera qui déguste le plus et qui nous donne des soucis. Sans savoir pourquoi, sur la piste, il s’arrête net en pleine course, il fait chaud, nous sommes devant de petites cases et c’est l’attroupement assuré. Sur le bord de la piste et en plein soleil Marc supprime le pré-filtre du gasoil qui semble bouché, et c’est reparti pour un tour !

Côté énergie ce n’est pas terrible non plus. La batterie de service d’origine, qui est sous le siège passager, donc pas très accessible, ne tient plus la charge. Elle n’a presque plus d’eau et refuse de charger même avec le 220V. Marc remet plus de deux litres d’eau non déminéralisée (nous n’en avons pas sous la main), et la recharge à fond, on verra bien si elle veut fonctionner encore un peu.

Mais le plus inquiétant est le jeu dans la direction. En changeant les roues, Marc s’est aperçu que la rotule du bras de direction gauche a beaucoup de jeu, on ne peut pas continuer longtemps à rouler, surtout sur les pistes dans de mauvaises conditions. Après examen de notre guide des représentants IVECO en Afrique, nous trouvons l’adresse d’un garage à Blantyre au Malawi, c’est à 200 km de la frontière. Cette ville n’était pas dans notre programme  mais elle le devient, sécurité oblige. 

 

 

Contrôles. Vous avez dis contrôle ? Il ne se passe pas un jour sans que nous soyons arrêtés par des flics. Avant Métangula le policier nous demande l’assurance du véhicule. Aïe, celle du Mozambique que nous avons pris à Maputo est terminée depuis 3 jours. Marc tend au flic notre assurance française. Après examen minutieux du document écrit intégralement en français, le policier est satisfait et nous laisse passer non sans avoir demandé de voir l’intérieur du camion et de faire connaissance avec Ulysse.

Au retour, encore lui (la première fois c’était en allant au lac) le même policier nous arrête,  il doit nous reconnaître pourtant ! Il nous fait garer et demande tout de suite à ce que j’ouvre la porte, qu’est ce qu’il cherche ? Et bien rien, c’est juste pour monter à des potes à lui le chien qui est bien sagement couché. Dans le lot, il n’y a pas que ses amis car un des curieux est menotté.

 

Lundi 24 novembre, le séjour au Mozambique se termine, nous sommes en route pour la Malawi, alors il est temps de ranger le dictionnaire français-portugais et de sortir le dico français-anglais !

 

 

Bisousdevousànous, Eve, Marc et Ulysse.



24/02/2009
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