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Baobab n°23 Le Gabon 3/3

Le Baobab N° 23 (Gabon)

 

 

 

            Jeudi 20 Décembre. Et nous voilà de nouveau à La Marée pour quatre jours. Nous reprenons notre train-train gabonais quotidien. Bricolage, écriture, baignade, lecture, de temps en temps papotage avec Françoise et enfilage de perles avec Emilienne.

La météo est capricieuse, le soleil joue souvent à cache-cache avec les nuages, parfois la pluie joue la trouble fête mais le thermomètre imperturbable n'affiche jamais en dessous de 30 degrés dans la journée et les nuits sont douces au point de dormir les portes grandes ouvertes. Les moustiquaires sont toujours de rigueur et nous barrons le passage des portes à notre molosse avec les chaises pliantes mises en travers. Cela ne l'empêche pas au cours d'une nuit de tout destroyer en voulant courser un des chats de Françoise qui musardait tranquillement.

 

            Lundi 24 décembre, le réveillon de Noël est imminent, pas de feu de cheminée en perspective, pas de grands froids polaires en prévision, pas de paillettes en vue, pas de robe du soir ni chemise à repasser, pas de chaussures à cirer, seulement quelques vêtements à dépoussiérer et à défroisser. Pas de menus à penser, pas de cuisine à faire, pas de jolie table à décorer, pas de vaisselle à faire, Françoise a réservé au restaurant « Tropicana » une table pour six personnes, Emilienne et petit Jules, le fils de Jules sont de la fête ce soir. Ce restaurant de Libreville est magnifiquement installé en bordure de mer et si Eole n'avait pas fait son intéressant en ce soir de réveillon en soufflant comme un malade, nous aurions dînés sous une grande paillote sur la plage, mais voilà, pour ne pas nous retrouver avec des grains de sable sur le foie gras, le saumon et le reste des plats, nous nous retranchons dans la grande salle ouverte sur l'immensité ténébreuse de l'océan Atlantique.

Il y a peu de monde, un modeste orchestre joue des musiques douces toute la soirée, nous osons quelques pas de danse mais l'ambiance générale dans le resto n'est pas des plus délirantes, nous passons néanmoins un très bon réveillon de Noël.

            Avant de regagner le Cap Estérias (il est quand même une heure du mat !) Françoise et Jules nous trimballent en voiture dans le quartier animé de « Batterie IV » puis sur les avenues calmes et paisibles de « la Sablière » bordées de grandes villas illuminées, quartier ultra résidentiel où demeure monsieur le Président de Gabon et plusieurs membres de la famille présidentielle.

            Les amortisseurs de la voiture de Françoise sont HS, le retour au Cap par la piste défoncée avec au volant une « Fangio » confirmée, nous ballote et nous cahote un max ! Dans le coffre, Emilienne et son grand frère petit Jules s'installent comme ils peuvent pour essayer de dormir !

 

            Mardi 25 décembre, JOYEUX NOEL ! Surprise, le Père Noël est passé dans le camion, il a laissé deux livres pour Eve et Marc, des boites de chocolats pour,  Fatou Jules et Françoise, un bouquin pour Emilienne et un tee-shirt pour p'tit Jules.

 

            Le temps des adieux est arrivé, nous remercions très chaleureusement nos hôtes pour nous avoir supporter, nous ainsi que notre chien, si longtemps sur leur parking. Le restaurant est ouvert aujourd'hui et malgré l'heure matinale de notre retour au Cap, jules s'est encore levé très tôt. Lorsque nous quittons La Marée, il est presque tout autant recouvert d'écailles nacrées que les superbes daurades qu'il écaille et qu'il va braiser pour le déjeuner de ses clients.

 

            Ce midi, le repas de Noël se passe chez Brigitte et Roger. Pierre, un ami journaliste et  Lucien le fils de Roger sont également conviés à ce repas de fête. Une charmante table est dressée pour l'occasion, Brigitte a revêtu une de ses jolies tenues africaines aux couleurs vives. Les apéritifs et les amuses gueules nous attendent sur la table du salon, les plats du buffet (maintenus au chaud sur des chauffe-plats) sur une desserte installée dans la coquette salle à manger. Malheureusement Roger est grippé, le repas tout juste terminé il s'écroule dans un des canapés essayant de se remettre de sa maladie à grand renfort de médicaments.

            Le Père Noël est également passé pour nos amis. Dans l'après-midi, la boite de chocolat prend rapidement une sérieuse claque. Brigitte a elle aussi un cadeau pour nous et plus particulièrement pour Marc. Son Père Noël, non, plutôt sa Mère Noël se nomme Ginette et elle a récupéré le permis de conduire international de Marc ! Bravo les filles ! Nous sommes énormément soulagés et extrêmement reconnaissants envers Ginette que nous n'aurons pas le plaisir de rencontrer mais à qui nous ferons passer, par l'intermédiaire de Brigitte, de petites gâteries en guise de remerciement.

            Il ne nous reste plus qu'à récupérer demain nos passeports neufs au Consulat de France et quitter enfin Libreville pour de nouveaux horizons. Mais pour le moment, nous profitons de cette journée calme. Nous sommes peu habitués aux maisons climatisées et la différence de température avec notre camion est saisissante. Ce soir, après ces deux festins successifs le dîner se doit d'être le plus léger possible.

 

            Après les adieux, la journée du lendemain ne se déroule pas comme nous l'avions souhaité. Nous récupérons bien nos passeports enfin visés par le chancelier de la République Démocratique du Congo, mais la valise diplomatique venant de France n'est pas arrivée au Gabon, il nous faut patienter encore 24 heures (nous ne sommes plus à une journée près)

Le jour suivant, la valise est arrivée à bon port mais sans nos passeports ! Du coup il faut allonger notre séjour d'encore une semaine ! Il était écrit (quelque part) que nous passerions Noël et jour de l'An à Libreville au Gabon.

 

            Nous téléphonons à Françoise pour lui demander de nouveau asile à La Marée pour quelques jours. Et cap sur le Cap Estérias ! La gentillesse de Françoise, Jules, Emilienne et Fatou nous fait rapidement oublier notre déception de ne pas avoir reçu nos passeports. L'air pur du Cap et la température idéale de la mer nous revigorent des embouteillages et de la chaleur étouffante de Libreville.

 

            Nous avons des nouvelles de Peter et Tessa. Ils arrivent à Luanda (capitale de l'Angola) ils ont réussis à obtenir un visa de transit à Matadi, ville frontalière congolaise. Mais cinq jours ce n'est pas suffisant pour que la tortue hollandaise traverse l'Angola, il faut faire une prolongation de visas aux commissariat à l'immigration de Luanda. Nous pensons alors suivre le même itinéraire et 5 jours ne seront pas suffisants non plus pour la panthère noire Bagheera.

 

            Ce soir Lundi 31 décembre, c'est soirée avec Jules et Françoise sans les enfants, chez Jacky Cochon à Libreville que notre sacrée Françoise connaît bien. Le propriétaire du restaurant est connu pour son fantastique élevage de porcs, ses charcuteries sont divines et sa cuisine exquise.

Curieusement, ce restaurant comme beaucoup d'autre ne font pas salle comble. L'ambiance est plutôt feutrée jusqu'au douzième coup de minuit où turlututu, les petits chapeaux pointus se dressent sur toutes les têtes, les serpentins de couleurs virevoltent dans les airs pour atterrir dans les assiettes et les boulettes des sarbacanes volent dangereusement à travers le restaurant. BONNE ANNEE 2008 ! Coupe de Champagne pour tout le monde.

            Jules et Françoise ne sont pas décidés à rentrer de si tôt au bercail, direction le Casino de Libreville ! La salle est bondée, les hôtesses sont sexy et les tables de jeux ne manquent pas de joueurs. Le gérant connaît Françoise ! Mais qui ne connaît pas Françoise de La Marée du cap Estérias ! C'est une véritable vedette ! Et voilà, c'est la tournée du patron, la notre, la leur ….BONNE ANNEE !!

Françoise est joueuse ! Elle risque 1000 F/CFA (15€) aux machines à sous. En même pas une demie heure, nous voyons toutes les pièces disparaîtrent dans les fentes des machines gloutonnes. Malgré quelques maigres gains, le pot de la mise diminue à vive allure. Nous entendons et voyons parfois près de nous la chance sourire à certains en cascades sonnantes et trébuchantes de piécettes. Doux sons pour les gagnants, maudits sons pour les perdants.

Il est un peu plus de trois heures du matin lorsque sous la pluie battante nous sortons du casino un peu chargé en bière et en Pina Colada ! La route est longue et cahoteuse pour rejoindre la Cap !

            Inutile de dire que le premier janvier 2008 se passe comme un traditionnel lendemain de fête mais avec en prime, le plaisir de se jeter sans retenue dans une mer plate et chaude.

 

            Mercredi 2 janvier. Nous avons eu des nouvelles du Consulat de France de Libreville. Nos passeports ont été fait à Nantes le 19 décembre 2007, ils ne devraient plus tarder à arriver.

            Nous faisons nos adieux une seconde fois à l'équipe de La Marée, nous quittons le Cap avec une bonne dose d'espoir mais en croisant tout de même les doigts !

Au Consulat, c'est une attente angoissante, la valise diplomatique vient tout juste de débarquer à l'aéroport. Nous patientons dans la salle d'attente, ne voulant pas louper son arrivée imminente. De longues minutes plus tard, madame Chini tient entre ses mains deux grandes enveloppes remplies de passeports ! Le suspens ne dure plus longtemps, elle revient de son bureau avec le sourire aux lèvres et la bonne nouvelle, ils sont enfin là !

 

            Nous ne perdons pas une minute, nous fonçons fiça à l'Ambassade du Congo. Ils ne sont pas du genre à s'énerver, ni à se bousculer. Nous sommes reçus dans plusieurs bureaux différents, il faut remplir les fiches habituelles puis payer (20 000 F/CFA par personne, environ 30 Euros)  à la secrétaire qui est sans cesse dérangée au téléphone par son chef. On nous fait attendre dans un grand salon aux gros canapés vieillots avant d'être reçu par Monsieur le Vice-consul en personne qui de son stylobille rouge et de sa lenteur bien africaine corrige nos copies et se renseigne sur notre parcours au Congo. Mais les visas, ce n'est pas pour aujourd'hui, nous sommes conviés à revenir demain.

 

            C'est finalement dans la matinée du vendredi 4 janvier que nous quittons Libreville. Mais avant que nous partions, Roger tient absolument à nous faire connaître un des ses amis congolais de passage au gabon.

Nous faisons donc la connaissance de monsieur Tshibuabua, architecte, Chevalier de l'ordre du mérite gabonais et Député national honoraire du Congo Kinshasa, au cours d'un super gargantuesque petit déjeuner à l'hôtel Méridien. L'honorable Tshibuabua Michel n'est pas un pince sans rire, il est plutôt jovial et nous promettons de lui téléphoner dès notre approche de Kinshasa, la capitale de la RDC, car lui y retourne en avion aujourd'hui, pour nous le voyage va durer plusieurs jours.

 

            Et c'est reparti ! bye bye tous les amis gabonais et mille merci pour nous avoir si bien reçu, mais il reste encore un long chemin à parcourir jusqu'au Mozambique et puis, nous ne savons pas où nous bivouaquerons cette nuit.

 

 

            Bien après Djolé, nous bifurquons sur la nationale qui mène à Lastourville. C'est sur une piste à l'orée de la forêt équatoriale que nous nous arrêtons pour établir notre camp (0° 04' 621S / 10° 59' 59E) pas un bruit, pas de lumière, le calme et la sérénité des bivouacs en milieu naturel africain.

 

            Le lendemain, les premiers 20 kilomètres de piste sont correctes (la route est en travaux) mais en Afrique, il ne faut jamais se réjouir trop vite du bon état des routes, cela ne dure généralement pas bien longtemps. Effectivement, cela se dégrade, notre vitesse se réduit pour ne plus dépasser les 20 km/h. Nous passons de la forêt dense et touffue d'un vert sombre aux collines douces et peu boisées aux couleurs tendres d'une région de plateaux.

Eve s'installe de nouveau au volant de Bagheera qui a retrouvé (pour le moment) sa direction assistée. Un coup de chance pour elle, la piste en latérite s'améliore très vite à en devenir un semblant d'autoroute de terre, sans trous, sans bosses et pas de tôle. Quel plaisir !

75 kilomètres plus loin, fini la rigolade, il faut oublier la cinquième vitesse. La « 4 voies », se termine en piste étroite se faufilant de nouveaux dans la forêt vierge où la pluie a creusé de profonds bourbiers, le 4 X 4 redevient indispensable.

Un trou plus profond que les précédents, un chaos plus fort que les autres, un craquement et par TOUTATIS, le lit nous tombe sur la tête ! (Voilà ce qui arrive quand on ne met pas la sangle de sécurité) impossible de conduire avec le lit en position basse, nous le bloquons en position intermédiaire. Et pour nous faire grogner un peu plus, la pluie s'en mêle. Le pare-brise qui n'est plus étanche depuis longtemps laisse passer les gouttes d'eau, on va bientôt nager dans Bagheera.

Plus les heures passent, plus nous nous demandons si nous pourrons trouver un petit  espace tranquille pour bivouaquer tellement la végétation est abondante et rend la forêt impénétrable. Peu avant la tombée de la nuit, la chance nous souri sous les traits d'une maisonnette en bois construite sur un terre plein aux abords de la rivière la Lolo. Gilbert et sa femme Emilienne en sont les propriétaires et c'est très gentiment qu'ils acceptent que nous nous installions près de chez eux (0° 38' 18S / 12° 25' 77E) d'ailleurs, ce n'est pas la première fois qu'ils offrent l'hospitalité à des voyageurs. Nous sommes en pleine forêt et ils cultivent des ananas (très bons et pas chers) qu'ils vendent sur le bord de la piste ou en ville de Lastourville.

 

            Dimanche 6 janvier, nous ne sommes pas réveillés par le son des cloches d'une église, ni par l'appel à la prière d'un muezzin musulman. Il n'y a pas de bruit de circulation, pas de cris d'enfants, pas de musique…mais le bourdonnement discret de quelques abeilles. ? Abeilles, vous avez dit abeilles ? Mais oui au fait, nous sommes bel et bien dans la fameuse forêt des abeilles ! Une, dix, vingt, cent, la couleur jaune du camion les attirent où quoi ? Nous les voyons vironner derrière les moustiquaires. Le bourdonnement s'amplifie, certaines réussissent à entrer, montrant les passages secrets à leurs copines. Les tapettes à mouches entrent en action mais cela ne suffit pas à maîtriser l'invasion. Pour être tranquille, il faut fermer tous les hublots, toutes les portes et fenêtres. Mais le temps de la manœuvre, et nous sommes assiégés de ces satanées bestioles. S'ensuit alors une tuerie sauvage sans pitié ! Gilbert dit qu'il ne faut pas s'affoler et qu'il faut rester calme eh bien ça, on sait pas trop faire, alors, le petit déjeuner avalé, la toilette bâclée et nos adieux faits à notre hôtesse, nous ne traînons pas. Gilbert est du voyage jusqu'à Lastourville, il profite de notre véhicule (il n'a pas de voiture et les transports en commun sont rares) pour se rendre en ville faire quelques achats.

 

            La forêt s'efface à nouveau devant des immensités de plaines et de plateaux aux contours tout en bombements et arrondis. Le ciel se fait très menaçant mais nous passons à côté de l'orage qui déverse ses giboulées sur les vallons voisins.

            Nous arrivons à Laconi, village frontière avec le Congo. Il se fait tard dans l'après midi, nous voulons pourtant aller bivouaquer au Laconi Canyon. Les deux employées du commissariat à l'immigration en sont effarées et nous déconseillent fortement de nous y rendre pour dormir. « La nuit l'endroit n'est pas sur, il y a des bandits » et nous ordonnent presque, après avoir fait nos formalités de sortie du Gabon, à dormir sur leur parking.

Ce n'est pas la brousse, il y a du bruit, il y a de la lumière mais il y a la sécurité. Par contre, nous avons loupé les bureaux des douanes, ça peut attendre demain matin tout comme la visite du canyon.

 

Ce soir, dernière nuit en territoire gabonais.

 

 

Bisous à vous, Eve, Marc et Ulysse.

 

 

  

         



25/03/2008
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