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Baobab n°19 Le Cameroun - 6/7

Le baobab N° 19 (Cameroun)

 

 

            Lundi 26 novembre. Au milieu de la forêt et près des chutes d'Ekom N'Kam, nous ne pouvons nous réveiller qu'entouré d'humidité, d'autant plus que le soleil ce matin est bien timide. A 8 heures, nous levons le camp.

 

            De retour sur le goudron, nous traversons des zones immenses de plantations de bananes plantain (bananes légumes) et d'ananas. Sur le bord de la route, des vendeurs les proposent à trois pour 1000F/CFA (1,52 euros) 3, cela fait trop pour nous deux, un des marchands accepte de casser un de ses tas et de nous céder un ananas (sucré et juteux à souhait) pour 300 F/CFA (0,45 euros) les clémentines et les papayes ne manquent pas non plus.

 

            Puis la journée qui aurait pu être belle et sans problèmes se gâte lors d'un contrôle peu après Nkongsamba. Un policier s'avance vers nous, sa mine patibulaire nous annonce quelques emmerdes et ça ne loupe pas !

            Après vérification de nos identités, il nous réclame la vignette du contrôle technique. Nous ne sommes pas en mesure de lui fournir le document et de toute façon la date d'expiration du contrôle technique français est dépassée et rien ne nous oblige à faire un contrôle technique dans les pays visités. Il menace alors de nous mener à la fourrière. Le ton qu'il emploie nous fait « légèrement » sortir de nos gonds et nous lui répondons que puisque nous sommes à ses yeux en faute, nous irons donc en fourrière, nous avons ce qu'il faut dans le véhicule pour tenir assez longtemps.

Notre réponse ne doit pas le satisfaire car son animosité envers les touristes en général et nous en particulier éclate au grand jour et il ne tarde pas à cracher son venin anti-blanc. D'un ton péremptoire, il nous soupçonne de faire du trafic comme nos compatriotes du Tchad (ça fait la seconde fois qu'on nous parle de cette affaire de l'arche de Zoé) il laisse aller sa colère raciste contre les européens qui se croient supérieurs aux africains, contre ces blancs qui viennent faire du business chez les noirs, osant même déclarer qu'en France il y avait des tarés ! Il n'est même plus question du contrôle technique !

Abasourdis et interloqués par tant de haine et ne pouvant supporter davantage d'injures, nous descendons tous les deux du camions pour mieux nous défendre de ces attaques verbales. L'engueulade laisse les passants et les autres policiers sans réaction, personne n'ose intervenir. Nous signifions à ce flic qu'aux vues de ses propos acerbes et blessants, nous enverrons une lettre de protestation à la direction de la police de Yaoundé avec copie à notre ambassade de France. Comme pour nous narguer davantage, alors que Marc relève son nom et son grade, ce policier au doux nom de Ronnie Antaguana, nous précise d'un air caustique que nous ne sommes pas les premiers à les noter !

Un supérieur se pointe quand même pour mettre fin au problème qui paraît insoluble. A son approche, le flic qui détenait encore certains de nos papiers nous les rend et se retire discrètement sur un banc. Nous avons droit à de plates excuses, le gradé nous demande d'oublier ce que sa « brebis galeuse » (ce sont ses propos) a pu nous dire et tout sucre, tout miel, nous pousse gentiment à reprendre la route en nous souhaitant bon voyage. Avec des cons de ce genre, le voyage perd un peu de sa superbe, heureusement que le cas est très rare.

Nous repartons très en colère mais également chamboulé par cette mésaventure, décidés réellement à faire le courrier.

            Du coup, nous appréhendons les contrôles suivants qui se passent très bien, il n'y avait apparemment qu'une brebis égarée !

 

            Nous gagnons la côte par Tiko et Limbé sur une belle route goudronnée parsemée de-ci, de-là de quelques beaux nids de poules.

 

            Limbé est la principale ville anglophone du Cameroun. Tout autour s'étendent des palmeraies (d'où on extrait l'huile de palme et le vin de palme) des plantations d'hévéas (qui servent à la fabrication du caoutchouc) et des bananeraies.

 

            Nous déjeunons près de la plage de Mile Six Beach, une barrière baissée nous empêchant d'entrer nous installer sur la plage de sable noir. Marc profite de la marée basse pour emmener Ulysse se défouler, mais son odorat de fin limier (le chien, pas le maître) le mène vers une longue forme allongée qui se révèle être un cadavre humain ! Le corps entier dont il ne reste que les os et des lambeaux de tissus est a demi enfoui dans le sable, beurk !

Le gardien de la plage revient avec des militaires de l'autre bout de la baie. D'après lui, il a fait cette découverte macabre seulement ce matin, mais vu l'état avancé de décomposition du corps il se pourrait bien que le mort soit « résident » de la plage depuis bien plus longtemps qu'il ne le pense. Les militaires sont assez culottés pour lui demander de sortir lui même le cadavre et de l'enterrer en attendant ! En attendant quoi ? Mais la marée montante va se charger encore une fois de recouvrir le squelette jusqu'au jour suivant.

            Nous hésitons à rester dans cet endroit plutôt sinistre mais il est trop tard pour chercher un autre bivouac. Nous établissons notre camp le plus loin possible du cadavre. (04° 00' 773N / 09° 07' 101E) Malgré le manque de soleil et notre appréhension à nous glisser dans les flots ayant retenus un macchabée, nous nous baignons dans une eau chaude et calme, bien heureux quand même de pouvoir bénéficier après notre baignade de douches pour nous dessaler et nous « désinfecter »

            Devant nous, quelques cargos au mouillage attendent d'accoster au complexe pétrochimique de la Sonara, dont nous apercevons le haut des cheminées.

            Alors qu'en fin de journée, tout est redevenu paisible, un attroupement se crée dans la baie, côté opposé à la découverte du trépassé du matin. C'est jour promotionnel ! Pour un cadavre trouvé, nous en avons un second en prime !! A la différence c'est que celui-ci flotte encore et est bien en chair. Les militaires camerounais toujours autant efficaces attendent que le gardien accroche le défunt par les pieds et le tire sur le sable sec. Sympathique la plage de Mile Six Beach ! D'ailleurs reconnue pour être dangereuse par les forts courants qui y sévissent. Le proverbe dit : jamais deux sans trois, nous scrutons avec anxiété les eaux sombres de la baie.

            Cela ne perturbe en rien notre Ulysse qui se fait une joie de jouer avec les noix de coco et de les déchiqueter à grand renfort de canines. Marc profite de l'herbe pour se coucher sous le camion et y faire non pas un petit somme comme le chien lorsqu'il a chaud mais pour nettoyer le filtre à air qui en a bien besoin.

Malgré l'horreur de la situation, nous dînons dehors face à l'océan, profitant de l'air marin sans moustiques. Il faut choisir, cadavres ou moustiques ! Quelle journée !

 

            Le lendemain matin, nous n'attendons pas qu'un troisième mort apparaisse, nous prenons sans tarder la route d'Idénao. Nous passons devant la coulée de lave du Mont Cameroun juste le temps de faire quelques clichés sans payer le droit d'image.

            Le Mont Cameroun, caché dans les nuages et que nous ne voyons pas, haut de 4100 mètres s'est réveillé la dernière fois en 1999. Une impressionnante coulée de lave s'est déversée sur la route. La coulée noire, parsemée d'herbes d'un vert quasi phosphorescent, trône au sein de plantations de palmiers et d'hévéas.

            La route jusqu'à Douala est très belle, la banlieue de la ville est grouillante et le goudron laisse la place à de la terre battue et des trous, il faut encore faire du gymkhana. Sur le large boulevard du général Leclerc qui longe le port, au numéro 926, nous nous arrêtons au Leader Price pour faire un bon ravitaillement. Nous ne traînons pas car nous voulons nous rendre a Kribi, loin d'environ 170 km pour y passer quelques jours de repos.

 

            Kribi, la « Riviera camerounaise » offre à tous ses visiteurs son océan de quiétude, ses immenses plages de sable fin et ses cocotiers. Nous trouvons dans la ville une grande boulangerie, un cybercafé qui fonctionne très bien et une banque, la BICEC, qui possède un distributeur d'argent pour carte VISA, encore faut il qu'il soit approvisionner en billets !

Grâce à Claude et Alain, d'Africacy, nous avons les coordonnés d'une petite plage joliment nommée : plage des Beach Boys. (02° 53'356N / 09° 53'917E)

            Nos Beach Boys « à nous » ne s'appellent pas Patrick et Paul mais Alex et Eric. Ce sont deux des quatorze jeunes hommes qui entretiennent et surveillent la plage. Leur petit lopin de sable à eux n'est pas encore totalement près pour recevoir le flot des touristes qui en cette fin novembre ne devrait pas tarder à envahir le littoral. Nous restons deux nuits dans ce petit paradis les pieds dans l'eau. Après négociations sur le prix de la nuitée, nous tombons d'accord pour 1500F /CFA par nuit (un peu plus de 2 euros) et une ou deux bières fraîches.

 

            Mercredi 28 novembre. Après un aller-retour rapide à Kribi pour faire le plein de CFA, après être aller jeter un coup d'œil sur la côte du côté de Grand Batanga où nous parlementons avec Jean pour passer quelques nuits sur sa plage déserte, nous revenons vers nos Beach Boys. Aujourd'hui, le ciel est couvert et il y a un peu de vent. La température de l'air est de 28° et celle de l'eau 25°, pas trop salée et un peu frisquette. Cela est du à la proximité de la chute de la Lobé qui déverse ses eaux douces dans l'océan Atlantique. Cool quoi, nous prenons un peu de vacances.

            Une petite promenade sur la plage s'impose pour admirer les chutes de la Lobé, rivière qui se jette en une cascade tumultueuse de plus de 100 mètres de large dans les eaux salées du golfe de Guinée au beau milieu d'une crique. Au pied de la cascade, deux femmes relèvent et réinstallent dans les cailloux léchés par les eaux vives de la chute leurs nasses de rotin, pièges pour la spécialité du coin, la crevette de Kribi !

 

            Jeudi 8 heures du matin : C'est la grande expédition vers un village pygmées. Pantalons, polos manches longues, chaussettes et chaussures de marche sont vivement conseillés pour la balade. Nos deux piroguiers ne sont autres qu' Alex et Eric. La promenade en pirogue nous coûte 30000 F/CFA (45 euros) il a fallu encore discutailler le prix !

            La remontée du courant de la Lobé nécessite quelques petits efforts de la part de nos deux pagayeurs. Il n'y a pas grand trafic, nous croisons quelques embarcations de pêcheurs de crevettes, installés pour plusieurs semaines avec ou sans famille dans des campements de fortunes aux abords de la rivière. La « croisière » est plutôt tranquille, belle végétation mais pas d'animaux à part de jolis petits oiseaux.

            Eric, après avoir lancé un cri pour annoncer notre venue et attendu la réponse (même cri) range la pirogue sur la berge. Nous ne faisons qu'une centaine de mètres à travers la végétation dense de la forêt avant de pénétrer dans le minuscule village composé seulement de trois paillotes construites en bois et en feuilles de palmiers.  

            La rencontre avec les pygmées est décevante, au premier coup d'œil nous nous rendons compte que cela est devenu une attraction purement touristique et que les petits hommes et petites femmes de la forêt n'attendent que cigarettes, alcool et argent (pour faire du troc avec les villageois) dommage pour eux, nous n'avons amené que des biscuits, du riz des haricots secs et deux tee-shirt taille XXL, (non c'est une blague, nous avons trouvé dans le lot qui nous reste deux de taille L) avec pour slogan : « la fête des voisins » que le chef endosse pour la photo rituelle.

            Quelques enfants dépenaillés jouent aux billes, quatre femmes sont assises autour d'un faitout bouillonnant dans leur « hutte-cuisine » un peu plus à l'écart dans la cour, une autre femme tresse une nasse, les chiens maigrichons et pouilleux se prélassent dans la terre, les poules picorent à tout va. Les autres habitants du minuscule village sont partis en chasse dans la forêt vierge pour chercher la nourriture, (hérissons, porcs épiques, singes, serpents, petites antilopes…) le chef nous montre une tête de boa qu'il a tué avec sa lance, le reste de cette charmante bestiole a du finir il y a peu de temps dans la marmite collective. Les Pygmées nous ignorent un peu, alors comme il semble qu'il n'y aura pas de vrais échanges possibles nous repartons vers la rivière et notre pirogue en ne cachant pas notre déception à Alex et Eric.

 

            Nous quittons la plage des Beach Boys dans l'après midi pour nous rendre à Grand Batanga à Palm Beach, où Jean nous a préparé un petit emplacement de rêve au bord de la magnifique plage de sable blanc (02° 49' 912N / 09° 53' 167E) négocié cette fois à 1000 F/CFA la nuit (1,52 euros). A peine installé, il vient nous offrir des cocos tout juste cueillies de l'arbre pour en déguster l'eau. 

 

            Et voilà comment on fait du gras pendant deux jours ! Jean se révèle être un bricoleur un peu paresseux. Sa plage est très propre, mais contrairement à son voisin, il n'a encore installé aucunes tables ni aucuns bancs pour recevoir les futurs touristes. Par contre c'est un excellent cuisinier et le vendredi midi il nous prépare pour 8000 F /CFA (12 euros) un succulent et copieux déjeuner composé de crevettes en sauces, de riz et de frites du fruit de l'arbre à pain. Repas tout simplement délicieux !

 

            Dans ce cadre idéal, rien de mieux à faire que de se laisser vivre, se reposer, bouquiner, déguster une bière, marcher sur la plage déserte, piquer une tête sans crainte dans une mer à 30°, siroter un pastis glacé en fin de journée et faire griller sur la braise pour le dîner, un bar fraîchement péché du matin.

Nous faisons la connaissance d'Annaëlle, une jeune étudiante Mabéa (une des nombreuses ethnies camerounaises)  maman d'un petit Aurélien d'un an, élevé en partie au village par sa grand-mère tandis qu'elle étudie à Kribi et réside en ville chez une de ses tantes. Jean voudrait bien en faire sa co-épouse ! Il a deux enfants d'une autre femme !

Grâce à elle, nous apprenons que les croyances ancestrales et les coutumes anciennes sont encore très présentes et perpétuées au Cameroun. Les mariages arrangés et les dotes existent toujours, les jeunes filles subissent encore le joug masculin et familial. Elle, maman célibataire voudrait bien sortir de ces emprises culturelles mais se révolter lorsqu'on est une jeune africaine n'est pas chose facile.

 

            Les vacances ne durent q'un temps, le voyage continue, direction la capitale du pays : Yaoundé où nous devons rencontrer Auguste, le mari camerounais d'une amie française (Pascale) de nos amis français Jean-Pierre et Gigi.

 

Rangeons les maillots de bain, cela ne devrait pas être utile en milieu urbain.

 

 

Mille bisous à vous, Eve, Marc et Ulysse.

 

 

 

         



03/03/2008
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