Bagheerafrica

Baobab n°18 Le Cameroun - 5/7

Le Baobab N°18 (Cameroun)

 

 

            Samedi 24 novembre. Notre guide de la chefferie de Bafut se nomme Dieudonné, c'est un prince, il est l'un des nombreux enfants du roi actuel, enfants qui ne sont comptabilisés qu'à la mort du souverain, si bien qu'il ne sait pas combien il a de frères et de soeurs. Le titre de roi se transmet de père en fils et c'est le père qui désigne l'un de ses fils, pas toujours l'aîné, pour lui succéder. Le chef actuel de la chefferie règne sur Bafut depuis 1972, il a six femmes officielles, les autres sont celles qu'il a héritées de son défunt père.

 

            Le musée se trouve dans un magnifique bâtiment construit entre la fin du XIX ème et le début du 20 ème siècle par les allemands, il domine la cour centrale du village, cette construction était la pièces des invités.

Le petit musée, moins sombre que celui du sultanat de Foumban est très agréable. On y trouve à peu près les mêmes objets, les mêmes armes, et quasiment les mêmes vêtements d'apparat du monarque.

 

            Du haut des marches de la maison des invités, on domine l'ensemble du village dont l'organisation est symétrique avec en son centre une porte encadrée de deux lions qui symbolisent la force du chef sur ses sujets. De chaque côté, sont regroupées les maisons des femmes et des enfants du chef. Une petite aire gazonnée sert de lieu de discussion pour parlementer et régler les problèmes quotidiens. On accède à ce tribunal naturel par une petite porte, au delà, l'accès est interdit, la société secrète y a établi ses quartiers.

La plus vieille construction de la chefferie est la hutte qui fut détruite pendant la guerre contre les allemands, mais dont les fondations existent encore. La base est très ancienne, carrée et faite de pierres verticales. Le toit est en chaume et entretenu très régulièrement. Les piliers sont sculptés, des marches en pierres de taille servent de rampe d'accès à la hutte. Seuls les chefs et les notables sont autorisés à y entrer. Comme dans toutes les chefferies, la forêt vierge n'est pas loin et joue un rôle très important car elle symbolise l'univers des secrets, c'est là que s'élaborent les médecines traditionnelles.

 

            Après la visite, notre départ de la chefferie se fait encore sous la bonne surveillance de Dieudonné qui envoie de jeunes garçons en émissaires pour vérifier si le cortège purificateur du village n'est pas dans les parages.

De retour au camion, près de l'hôpital, nous ne pouvons qu'attendre car, comme nous ne pensions pas pouvoir visiter la chefferie aujourd'hui, nous n'avons pris ni appareil photos ni caméscope et nous devons dès demain matin retourner faire quelques clichés en compagnie de Dieudonné qui accepte volontiers que nous revenions.

 

            Marc est toujours un peu souffrant, avec sa fièvre en plus de la chaleur ambiante, il fait carpette. Ulysse, notre gardien crée toujours au début autour de nous un rempart contre les « envahisseurs » mais les autochtones se rendent vite compte qu'ils n'ont pas grand chose à craindre de cette grosse bête à poils noirs et la marge de sécurité se rétrécie petit à petit, jusqu'à avoir un véritable attroupement devant la porte.

 

            Dans cette partie du village les femmes continuent leurs activités, mais dès qu'elle entend les vibrations des pipos la gente féminine disparaît rapidement dans les maisons. Eve ne doit pas déroger à la règle et doit se calfeutrer dans le camion dont nous avons tiré les rideaux de côté. Ce n'est pas le cortège qui passe, mais des hommes portant des feuilles de palmiers et des branches d'on ne sait quoi et autres secrets servant très probablement pour la cérémonie en cours ! Rentrez chez vous les mécréantes !

 

            Gabriel, un jeune homme, n'aime pas nous voir confiné dans notre camion, il nous bouste un peu, d'autant plus que la grosse chaleur de la journée est passée. Il nous mène, tout  fier en tenant Ulysse en laisse, à travers son quartier, Mandi Bafut. Il nous guide jusqu'à sa maison à travers la somptueuse végétation environnante. A la fraîcheur de la soirée, nous déambulons entre les Cacaotiers, les Pruniers, les palmiers Raphia, les caféiers et les énormes feuilles de Taro (plantes cultivées pour ses tubercules comestibles)

           

            Plus tard, alors que la nuit est tombée, Gabriel nous rend visite au camion avec sa jeune femme Gertrude et Blaise leur adorable fils de cinq mois. Nous nous installons étroitement pour un petit apéro bien sympathique. Ils nous ont apporté une poignée de graines de palmiste (encore un genre de palmier) des fruits noirs (ressemblant à de grosse dattes pas fripées) et du Taro, pilé, bouilli et enveloppé dans une feuille de plantain, préparé par Gertrude. Cette préparation est utilisée en cuisine et mélangée aux sauces tomates.

Samuel, un des frères de Gabriel nous rejoint, il est le gardien de nuit de l'hôpital et c'est lui qui va veiller sur notre sommeil. Nous l'invitons à partager une bière mais pour lui, pas question ! Il vient d'avoir des jumeaux, donc il ne partage pas la bière !! Allez savoir pourquoi, mais c'est comme ça !!! Belmont, un jeune étudiant très curieux, ose monter lui aussi pour nous poser mille questions, l'habitacle se fait bien petit.

Il nous faut attendre que tout ce petit monde regagne ses pénates pour pouvoir dîner, mais si Samuel veille sur nous et notre sommeil, il nous est impossible de dormir avant deux heures du matin à cause de la forte musique venant d'un bar. A cinq heures, non, non, il n'y a pas de muezzins, mais ce sont toujours ces foutus coqs qui cocoricotant gaiement prennent le relais et un peu plus tard, peu après le lever du soleil, c'est au tour des enfants qui, de corvée d'eau journalière, se rassemblent autour du robinet pour remplir bidons et jerricans.

 

Avant de quitter Bafut, nous retrouvons Dieudonné pour la séance photos de la chefferie (1500 F/CFA, environ 2 euros)

 

            En ce dimanche 25, c'est l'affluence dans les églises et sur les parvis. Les paroissiens endimanchés chantent et danses allègrement gloire à Dieu.

 

            A Bafoussam, nous récupèrerons, non pas notre propre bouteille de gaz, mais une similaire en moins rouillée, l'important c'est qu'elle soit peine (2500 F/CFA = à peine 4 euros) et nous investissons dans une bouteille de gaz avec réchaud pour la cuisine en extérieur.

 

            Une des nombreuses fliquette en poste  à un des carrefours de la ville, nous averti que la route de Bafang est coupée mais que c'est bien après les chutes d' Ekom Nkam que nous voulons aller voir. Mais voilà, la jolie demoiselle en uniforme s'est trompée, nous nous trouvons devant une horreur d'éboulement qui a eu lieu il y a un mois ou deux, la route est cassée.

De chaque côté de l'immense trou, des files de taxis s'arrêtent avant le gouffre, ils déposent leurs passagers qui s'en vont à pied rejoindre l'autre bord goudronné pour s'entasser dans de nouveaux taxis. Un véritable business s'est installé, une cohorte de porteurs se chamaille pour transporter, d'un taxi à un autre, les paquets et les bagages des voyageurs et des marchandes informelles proposent fruits et boissons fraîches. Seules les voitures particulières osent emprunter la déviation qui fait peur ! Il faut descendre dans un profond trou boueux entre éboulis et ravin. Profitant de cette aubaine, une armée de jeunes hommes attend avec impatience et nervosité qu'un véhicule se laisse emprisonner par la boue pour le pousser, moyennant finance, hors du piège.

           

            Notre tour pour descendre dans l'enfer arrive, ah, ah des touristes ! Nous sommes l'attraction du jour. Sur les recommandations des « pisteurs-sauveurs » Marc lance Bagheera sur les traces de gauches mais le bourbier a raison de lui et il reste planté dans la boue refusant d'avancer. Marc enclenche la marche arrière et fait une nouvelle tentative mais rien n'y fait, les roues s'enfoncent dans la fange et patinent, pas moyen de remonter. Nouvel essai et malgré quelques bras musclés, Bagheera ne peut toujours pas passer. Derrière nous, dans les autres véhicules qui attendent, les conducteurs impatients jouent du klaxonne. Re-marche arrière, cette fois Marc change de traces. Bagheera le fauve, rugit et les pneus accrochent enfin, avec l'aide d'hommes forts, la bête s'extirpe laborieusement des ornières et remonte la pente doucement jusqu'au goudron ! Marc donne 3000 F/CFA (environ 5 euros)  à l'un de nos sauveteurs, précisant bien que c'est pour le groupe et qu'il lui faudra partager avec ses amis !!!! Pour ne pas avoir de soucis, nous aurions du passer par la ville de Dschang, mais nous avons fait confiance à la fliquette.

           

            Doucement remis de cette forte émotion, nous arrivons en fin d'après midi à l'embranchement de la piste des chutes d'Ekom N'kam. Un petit monument peint en bleu et rose en indique la direction (05° 03'486N / 09° 57'527E) De nombreuses petites maisons en bois bordent la piste,  les graines de cacao ou de café sèchent sur de grandes bâches posées aux sols ou à même la terre battue des cours. Nous sommes stoppés à même pas un kilomètre du début de la piste par un groupe de faux guides qui veut absolument nous mener aux chutes en proférant que c'est la tradition, mais nous savons bien (d'après des récits de voyageurs et le guide du petit futé) que cela est faux et nous refusons donc catégoriquement toute aide ce qui met un des villageois très en colère.

 

            Les fils des branchements électriques (heureusement en câbles isolés) des maisons sont à maintes fois trop bas pour que Bagheera passe sans risque de les décrocher. Plutôt que de grimper sur le toit, Eve montant sur les sièges de l'habitacle et se hissant jusqu'au hublot de la cuisine, fait glisser les fils au dessus du camion.

 

            La piste longue d'environ 10 kilomètres  traverse les champs de caféiers, de bananiers et de palmiers. Il n'y a plus de barrière à mi-parcours, ce n'est qu'une fois arrivé sur l'esplanade du site touristique que nous trouvons la bande de guides officiels.

La visite des chutes est de 3000F /CFA par personne et ici comme dans beaucoup de lieu en Afrique, tout détendeur d'appareil photo ou de caméra doit payer un droit d'images: 1000F/CFA (1,5 euros) Ce n'est pas la mer à boire, mais cela se gâte lorsqu'on nous demande 10 000 F/CFA (15 euros) pour demeurer la nuit sur le parking herbeux (sans eau, sans électricité et sans commodités). Nous protestons vivement en disant que nul part ailleurs nous n'avons trouvé de prix aussi prohibitifs, que nous ne pouvons pas rester car c'est vraiment trop cher pour nous. Du coup, le responsable nous permet de bivouaquer gratuitement, merci.

 

            Nous nous équipons alors comme pour une véritable et longue randonnée en forêt vierge, pantalons, tee-shirt à manches longues, chaussettes et chaussures. Nous craignons bien évidemment les moustiques mais aussi les « mout-mout » méchantes petites bestioles qu'on ne voient pas mais qui piquent durement on peut vous l'assurer.

 

            Accompagnés de Thomas, nous descendons admirer les cascades par des escaliers aménagés mais un peu glissants. Les chutes impressionnantes qui tombent d'une hauteur de 80 mètres en pleine forêt tropicale ont servies de décor pour le tournage de certaines scènes du film « Greystoke » avec Christophe Lambert. Les abords sont vertigineusement abruptes et nous surveillons très étroitement notre quatre pattes qui furète et crapahute de tous cotés.

            Un ciel étoilé, le grondement sourd de la cascade, l'air frais de la nuit, nous avons réuni tous les ingrédients pour un bon sommeil de voyageurs.

 

Si tout va bien, demain nous dormirons au bord de l'océan Atlantique.

 

 

Bisous à vous, Eve, Marc et Ulysse.



03/03/2008
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