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Baobab n°17 Le Cameroun - 4/7

Le Baobab N° 17 (Cameroun)

 

 

            Jeudi 22 novembre. Aujourd'hui pas de trépidations ni secousses en perspective.

Nous consacrons une bonne partie de notre matinée à la visite du musée du sultanat de Foumban.

Face au marché, une grande arche ouvre sur la cour du palais, la statue du roi Njoya, bâtisseur de l'édifice.

 

            Mais qui était le roi Njoya ? A part, un être autoritaire, mégalomane et grand amateur de femmes (681 épouses) Njoya Ibrahim est le plus célèbre et le plus grand roi Bamoun. La construction de son palais, mélange étrange de demeure orientale et de château médiéval a duré cinq ans. Grâce à un projet financé par l'UNESCO, il fut entièrement rénové au début des années 1990 pour lui redonner son éclat d'autrefois.

Particulièrement attaché à la culture Bamoun, le roi réserva dès l'achèvement de son palais, une partie de l'établissement au musée royal actuel.

Outre le palais des sultans, il créa sa propre religion, mélange d'islam, de christianisme et d'animisme. Un rêve lui inspira le « Skii mom » l'écriture Bamoun composée de 510 pictogrammes, 110 lettres phonétiques et 80 caractères.

Njoya Ibrahim qui régna de 1889 à 1933, fut destitué par les français en 1923 et son pays fut alors divisé en plusieurs chefferies. En 1931, il fut exilé à Yaoundé où il mourut deux ans plus tard. Sa religion a alors totalement disparut et c'est finalement l'islam qui s'est répandu sans hésitation dans le pays.

 

            Les Bamoun, grande ethnie de l'ouest camerounais, sont concentrés dans la région de Foumban. La dynastie des rois Bamoun fondée par Ncharé Yen en 1394 a vu aujourd'hui 19 souverains se succéder. Le roi demeure une personnalité importante pour le peuple Bamoun et le pouvoir central. Le roi actuel, Ibrahim Mbombo Njoya a passé toute une partie de sa vie au service de l'état comme diplomate et haut fonctionnaire. Tout homme politique recherche son appui, y compris les dirigeants étrangers (sur un des murs du musée, on peut d'ailleurs voir une photo de Jacques et Bernadette Chirac en  sa compagnie)

 

            Nous intégrons un petit groupe de visiteurs français et en présence d'un guide, nous pénétrons dans le musée au parquet de bois et aux plafonds de bambous. Une atmosphère d'un autre temps nous envahi.

            Coiffes traditionnelles en perles, cloches, chasse-mouches et masques de danses qui ornent les nombreuses vitrines, datent souvent des siècles antérieurs. Très bien conservés, ils sont réutilisés lors des grandes fêtes. Les ornements royaux principaux, capes confectionnées en plumes d'oiseaux nocturnes, manteaux de panthère, sont exposés dans de petites pièces au milieu de divers mobilier usuel, lits royaux, coffres royaux, sièges et trônes royaux, repose pied royaux…….

            Peuple fier et guerrier, les Bamoun avait l'habitude d'orner leurs calebasses avec les mâchoires inférieures de leurs adversaires et le timbre particulier des doubles cloches motivait les guerriers lors des combats.

            La salle des sociétés secrètes révèle quel rôle elles tenaient quand le royaume était à son apogée. Chargés de protéger le roi et la coutume, leurs membres apparaissaient toujours voilés lors des grandes cérémonies. A l'intérieur du palais royal, la cour de justice traditionnelle traite des problèmes locaux mais aussi des mariages. Les notables jugent d'abord et le roi tranche en dernier ressort.

 

            A notre sortie du musée, un groupe de musiciens nous présente divers instruments de musique traditionnelle camerounaise et pendant quelques minutes ils nous ravissent (contre quelques Francs CFA) avec un chant et une danse interprétés lors de cérémonies de mariage.

 

            Un jeune faux guide tient absolument à nous montrer le grand tambour de cérémonie qu'on ne peut apercevoir qu'en jetant un coup d'œil à travers les planches disjointes d'une cabane en bois, et l'arbre des pendus qui sert aujourd'hui de lieu d'exposition d'artisanat, masques, statuettes, anciennes armes traditionnelles, vêtements, poteries….

 

            Marc se sent fébrile, la fièvre le gagne. Nous pensons qu'il accuse le contrecoup des quatre jours de piste aux conditions difficiles et stressantes. Pendant qu'il sue à grosses gouttes pendant la nuit, le pluie nous oblige à nous enfermer. Le lendemain matin, la terre rouge du parking de l'hôtel est imbibée d'eau et tout le ménage de la veille disparaît aux premiers allers et venues d'Ulysse.

            Au moment de partir, une coupure d'électricité ne nous permet pas de faire le plein de nos réservoirs d'eau. On nous indique une source d'eau potable en retournant vers la ville et avant le lac. L'eau claire coule à gros débit d'une fontaine bien aménagée et cimentée où les femmes viennent y laver leur linge. Marc fait quelques tours de bidons !

 

            La route de Foumban à Bafoussam est jalonnée de nombreux péages (500 F/CFA : soit moins d'1 Euro) qui symbolisent les points frontières à franchir pour passer d'un royaume Bamoun à un royaume Bamiléké.

Les champs de cultures prennent le pas sur la forêt. Cela fait notre bonheur car nous pouvons acheter à souhait et en grande quantité, concombres, haricots verts, tomates, oignons, qu'il faut tout de même négocier !

 

            A l'entrée de Bafoussam, nous osons enfin acheter de la viande de boeuf crue. Vu l'état des ustensiles employés, du billot de bois et du papier (style sac de ciment) dans lequel le boucher nous enveloppe notre kilo de viande, Eve va devoir laver la barbaque avec de l'eau javellisée avant de la faire bouillir dans la cocotte et préparer un ragoût.

 

            L'artère principale comme les rues perpendiculaires sont défoncées. Les automobilistes sont obligés de zigzaguer pour éviter les trous et bourbiers ce qui rend, vous vous en doutez bien, des embouteillages monstres et une circulation anarchique que la cacophonie des klaxonnes rend encore plus stressante.

Nous laissons notre bouteille de camping gaz vide dans une des nombreuses petites boutiques pour la faire recharger. Nous ne sommes pas en panne, nous la reprendrons pleine dans quelques jours, après notre visite à la chefferie de Bafut.

 

            Nous décidons d'aller bivouaquer dans les parages du lac Iwing. Nous quittons le goudron pour une piste accidentée et escarpée de 7 kilomètres à travers une immense forêt d'eucalyptus et de pins, où des immenses parcelles maraîchères parsèment certains coteaux déboisés. A notre passage, Bagheera qui n'est pas synonyme de discrétion, obligent les nombreux ouvriers à lever la tête de leurs choux, de leurs patates ou de leurs haricots verts pour nous saluer.

 

            Le bivouac sur le parking qui surplombe le lac Iwing est payant, il n'y a pourtant aucune structure touristique (05° 51' 713N / 10° 12' 046E). Mais rien que pour l'isolement, la tranquillité et la beauté du paysage, nous décidons d'y passer la nuit et donnons au gardien les 3000 F/CFA (environ 5 euros pour la voiture, nous deux et les appareils photos ! pour le chien c'est gratuit !) dès lors, nous pouvons nous installer où bon nous semble, la place est à nous.

 

            Marc qui est toujours fiévreux, profite de la quiétude de l'endroit pour se reposer sur la natte au soleil et faire une sieste de chez sieste avant de creuser dans le sol souple un trou pour faire la vidange du véhicule, Ulysse se gave d'une herbe bien verte et bien tendre à se faire très probablement vomir.

Le lac est à près de 2000 mètres d'altitude et dès que le soleil se cache, l'air frais se fait vite sentir et nous avons froid.

 

            Samedi matin, 24 novembre, le vent a soufflé une bonne partie de la nuit. Le thermomètre a fait une chute vertigineuse jusqu'à 13° ! C'est plutôt frisquette comme réveil. De grands troupeaux de buffles, menés par de jeunes bergers craintifs passent près de nous, Ulysse s'amuse à courser les dernières bêtes traînardes, qui affolées par cette grosse bestiole noire, s'en vont au grand galop rejoindre le gros du troupeau rassemblés loin devant.

 

            Nous arrivons à Bamenda après quelques contrôles routiniers. La ville construite au pied d'une falaise s'étend au fond d'une cuvette et on en découvre tout de suite l'immensité vue de la route montagneuse.

Nous nous perdons dans la ville surpeuplée et aux routes en piteux états (étonnants !) on se retrouve dans les environs d'un marché où une barrière empêche camions et hauts véhicules de passer, on est en plein embouteillage, il faut faire demi tour dans cette cohue et sans direction assistée, c'est une petite galère, surtout que les conducteurs de voitures ne sont pas du genre patients. Heureusement que quelques autochtones bien attentionnés à notre égard nous indiquent le chemin à reprendre pour retrouver le goudron et sortir de la ville vers Bafut et sa célèbre chefferie.

 

            Mais alors que nous nous approchons du centre de bafut, plusieurs hommes nous stoppent et nous annoncent qu'aujourd'hui la chefferie ne se visite pas car il y a une cérémonie traditionnelle. C'est bien notre veine !

Sous les regards noirs des villageois, nous continuons vers la chefferie mais on nous interdit de nous garer, surtout à cause d'Eve ! Nous apprenons finalement que cette cérémonie de purification du village est une manifestation interdite aux femmes. !!!! En effet, à bien regarder autour de nous, il n'y a aucune nana en vue et tous les volets des maisons sont fermés. Malgré cela, nous sommes bien décidés de ne pas quitter Bafut et de trouver un bivouac assez proche pour faire la visite demain. Nous atterrissons finalement devant l'hôpital local situé en dehors du périmètre consacré à la purification et sous l'œil très curieux des habitants.

 

            Il est difficile de savoir réellement comment va se dérouler la cérémonie pour que Marc puisse lui au moins y assister. Finalement sous bonne escorte, nous nous rendons tous les deux pour la visite du musée et de la chefferie en faisant bien attention de ne pas nous trouver sur le passage du cortège purificateur, dont nous entendons au loin dans quelque rue du village, les chants et les oraisons.

 

            Rendez vous dans peu de temps dans la maison des invités pour la visite guidée.

 

 

Bisous à vous, Eve, marc et Ulysse.



03/03/2008
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