Bagheerafrica

Baobab n°16 Le Cameroun - 3/7

Le Baobab N° 16 (Cameroun)

 

 

            A quelques 10 kilomètres de la ville de Ngaoundéré, dit également N'déré pour simplifier l'élocution, se niche le petit lac Tison, lac de cratère bordé d'arbres. (7° 15' 295N / 13° 34' 584E) l'endroit est désert, le petit troquet qui surplombe le lac est sans âme qui vive, seule une vieille femme assise devant sa case construite un peu plus loin, nous regarde d'un œil distrait. Il est tôt dans la matinée, nous n'y faisons qu'une brève halte juste pour la photo et la vidéo, il est certain que si nous étions arrivés la veille avant la nuit, nous aurions pu y établir notre bivouac tranquillement.

 

            Nous quittons consciemment le goudron de la route pour de longs kilomètres de piste jusqu'à Foumban. Les cinquante premiers kilomètres sont déjà durs pour nous mais nous ne savons rien encore de ce qui nous attend plus loin (heureusement pour notre moral) car nous allons mettre 4 jours pour faire 500 kilomètres !

 

            Cette piste est très régulièrement empruntée par les poids lourds des brasseries du Cameroun et par les très nombreux camions transportant toutes sortes de marchandise provenant de Njaména (Tchad) et se rendant à Douala (Cameroun)

            La saison des pluies n'est pas encore réellement terminée, elle tarde d'ailleurs. Nous subissons un violent orage pendant un de nos pique-niques que nous écourtons de peur de rester enlisé dans le chemin où nous étions installés. En quelques minutes, la pluie ruisselle en petits torrents sur la latérite, les trous deviennent des mares, il est alors difficile d'en déterminer la profondeur.

            Les intempéries n'empêchent aucunement les poids lourds de rouler et au fil du temps et des passages réguliers, la piste se retrouve en très mauvais état. Lorsqu'il y a de fortes averses, les barrières de pluie se mettent en place pour réguler ou stopper la circulation. (C'est comme les barrières de neige chez nous) mais il semblerait que pour le moment les camions circulent toujours, peut être moyennant des bakchichs aux gardiens ! Nous nous trouvons confrontés à ce petit problème à notre première barrière de pluie baissée et cadenassée. On nous réclame 1000 F/CFA pour nous laisser passer ! Devant notre refus tout net de payer et notre intention de nous établir en bivouac et attendre, le gardien change vite d'avis et nous laisse filer en nous maudissant sûrement. Pour les autres barrages mis en place, soit Eve descend du camion et ouvre elle même la barrière métallique, soit on nous laisse passer sans jamais plus rien nous demander.

            Les petits villages se succèdent le long de cette interminable piste faite de bosses et de trous, les maisons rectangulaires aux toits de tôles ont remplacées les minuscules cases rondes aux toits de paille. Les autochtones sont relativement réservés à notre vue, beaucoup ne sourient qu'après que nous les ayons salué d'un signe de la main, de très rares enfants ou ados réclament journaux et revues.

            Malgré une végétation dense, nous dénichons toujours un petit havre de paix et de tranquillité pour les nuits. Nous essayons dans la mesure du possible de ne pas nous trouver trop éloignés d'habitations sans y être trop proche, mais ce n'est pas toujours réalisable.

Bivouac entre N'déré et Tibati (6° 40' 251N / 13° 06' 252E)

 

            Mais nous ne sommes pas au bout de nos peines, pour le moment, les jours se suivent et se ressemblent. L'état de la piste ne s'améliore pas et cela devient une véritable galère. Sur certaines portions, la piste est tellement défoncée et impraticable que des déviations ont été mises en place à travers la forêt, mais celles ci sont parfois autant gâtées par les pluies qui creusent le terrain et les dégâts causés par les camions. Le chauffeur d'un poids lourd que nous croisons, nous prévient que vers Banyo, la piste est encore plus défoncée, ici, c'est facile ! Nous espérons qu'il blague et qu'il veut tout simplement s'amuser à faire peur à des touristes.

            Les passages des rivières se font très souvent sur des petits ponts de bois en mauvais état et d'une petite largeur effrayante vu du haut de notre cabine. Un peu avant Tibati, nous roulons sur environ trente kilomètres sur un goudron qui fut sûrement un bon goudron…..dans le passé. Aujourd'hui, les nids de poule sont fréquents et nombreux.

 

            Nous n'avons pas fait les pleins de nos réservoirs de GO à N'déré et la jauge baisse régulièrement. D'après nos calculs et ce qui semble nous rester, nous devrions avoir assez de carburant pour arriver à Foumban, mais on ne sait jamais ! Il n'y a aucune station service à des centaines de kilomètres à la ronde et quand il y en a une, il n'y a que de l'essence. Nous sommes donc obligés à Tibati de recourir aux vendeurs de gasoil en bidon à 600 F / CFA, après petite négociation, (0,91 euros) alors qu'ailleurs le prix est en général à 535 F /CFA.

 

            Puis le calvaire recommence, Bagheera grince, craque, gîte, le balai des montagnes russes continue. Le véhicule est constamment sollicité et sans direction assistée, Marc doit multiplier les efforts musculaires pour le contrôler.

 

            Les orages de fin de journée sont encore fréquents, le ciel africain se zèbre d'éclairs éblouissants, la quiétude de la forêt est bouleversée par les sourds grondements et roulements du tonnerre, l'air chaud et moite de la journée devient tiède sous l'effet de la pluie.

            Bivouac après Tibati (6° 43' 405N / 11° 53' 315E)

 

            A l'entrée de la ville de Banyo, nous subissons un contrôle par les militaires et vu les visages fermés de ceux qui nous arrêtent, nous savons que ce n'est pas pour blaguer. Sur un ton qui ne permet pas la plaisanterie, ils veulent savoir qui nous sommes, d'où nous venons et où nous allons. Jusque là, rien de particulier, c'est même un peu routinier. Mais un des jeunes militaires, l'air un peu plus vache que les autres, insinue sans ambages, qu'à ses yeux nous sommes susceptibles de trafiquer comme nos compatriotes du Tchad ! (Inculpés d'enlèvements d'enfants dans l'affaire de l'Arche de Zoé) et Vlan ! si ce n'est pas de l'anti-français, ça y ressemble ! Nous gardons notre calme devant son insistance à voir l'intérieur du camion, mais Eve place Ulysse judicieusement derrière la porte latérale du véhicule et à son ouverture, le type se trouve face à face avec le chien ce qui lui ferait presque avaler son sifflet en plastique couleur fluo. Nous sommes priés alors de circuler, ce qu'on ne se fait pas répéter deux fois. En voyage il n'est pas toujours bon de présenter des passeports français !

 

            Ville bien achalandée en produits de base, nous pouvons à Banyo, nous ravitailler en pain, tomates, pommes de terre, oignons et bananes.

            Alors que sur notre vieille carte Michelin, la légende de la route qui part vers Foumban est : « route partiellement améliorée » ce qui n'est pas de bon augure, nous trouvons réellement de belles et longues portions de goudron dans les pentes de la montagne, le reste du temps, nous roulons sur une piste en latérite tôlée. (La route que nous venons de faire depuis N'déré était spécifiée : « route améliorée »)

 

            A partir de Bankim, nous revivons brutalement les affres de la piste ultra gâtée et défoncée. Nous sommes de plus en plus souvent bloqués par des camions embourbés, en panne où renversés dans les profonds trous. Heureusement que Bagheera n'est pas large, car souvent pour continuer notre route, il nous faut emprunter les bas côtés étroits, glissants et instables. Près des endroits critiques, des groupes de femmes s'installent la journée pour vendre des sachets d'oranges pelées. Un pont de bois cassé ! Rien de plus naturel pour les autochtones que de ne pas le réparer mais de créer un gué à côté avec des madriers posés sur un fond boueux et proposer leurs services de guidage moyennant finances !

 

            Marc n'arrive pas à passer la troisième vitesse, nous progressons très lentement, préservant au mieux notre case roulante. Nous suivons la jolie vallée du M'bam, région très humide, très verte et très dense plantée de palmiers, de caféiers et de bananiers, nous recommençons à transpirer fortement.

            Malgré l'humidité ambiante et les nombreuses mares d'eau laissées par les pluies récentes, les petits villages sont très propres mais la pauvreté et la précarité sont tout autour de nous, à chaque pas de porte des maison en terre. Les grains de cacao, les pistaches, la poudre de manioc sèchent au soleil sur de grandes bâches posées sur le sol des cours de maisons.

            Bivouac bien isolé avant Foumban (06° 01' 139N / 11° 19'332E)

 

            Mercredi 21, quatrième jour de piste. Nous nous réveillons au milieu du brouillard matinal, à 734 mètres d'altitude l'air est frais, pas froid mais empli d'humidité. L'intérieur du camion n'est pas beau à voir, les empreintes de latérite qu'Ulysse laisse ont changé la couleur du lino, du gris, nous sommes passé au rouge-brun.

            Nous ne faisons que 50 kilomètres dans la matinée, la piste est de plus en plus dure, les ornières plus creuses et traitres, les trous plus profonds où Bagheera s'enfonce parfois jusqu'aux rétroviseurs. Les camions bloqués par d'autres camions en panne forment de longues files d'attente. Les chauffeurs semblent résignés et coutumiers du fait mais gardent toujours leur bonne humeur. Nous nous demandons si Peter et Tessa ont empruntés la même piste où s'ils sont passés par la piste de l'est ? Les kilomètres s'égrènent petit à petit, pas assez vite à notre avis ! Nous en avons marre de cette piste horrible.

 

            Enfin Foumban nous apparaît, c'est la fin du calvaire. Sans tarder, nous filons à l'hôtel Holliday City dont nous avons les coordonnés GPS (05° 43' 013N / 10° 51' 621E) c'est payant, Eve négocie la nuit sur le parking pour 4000 F /CFA (environ 6 Euros) au lieu de 5000F (nous comptons y rester deux nuits) et comme nous pensons avoir mérité un bon poulet braisé (vanté par le petit futé) nous commandons deux repas pour le dîner.

            En attendant, Marc encore sous le coup de la tension nerveuse de la conduite sur piste, bricole et installe immédiatement le second ventilateur, car les passages en montagnes ont été encore chauds pour le moteur. Eve se rue sur la balayette et la serpillière pour un grand ménage et dépoussiérage de l'intérieur du camion. Ulysse quant à lui, joue avec des nouvelles petites amies, Djénabou et Maryama, deux voisines de l'hôtel qui adorent le chien.

 

            Vers 20 heures, on nous installe dans le salon hideux de l'hôtel, devant la télévision qui diffuse des feuilletons nuls et des infos en anglais. Le poulet est bon mais sans plus, les bananes et pommes de terre frites sont mollassonnes (Ulysse va se régaler demain) et en plus, ils n'ont pas de bière ces kékés ! Il faut aller chercher les nôtres ! Tout ça ne vaut même pas les 3000F / CFA (environ 5 Euros) même pas !

 

            Bon, mais nous en avons fini avec cette foutue piste qui nous restera longtemps en mémoire, nous allons passer une bonne nuit en sachant que demain, il n'y aura pas de galère mais du tourisme.

Bisous à vous, Eve, Marc et Ulysse

                                         

        

                   



03/03/2008
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