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Baobab n°08 Le Burkina Faso - 2/4

Le Baobab N° 08 (Burkina Faso)

 

 

            Lundi 15 octobre 2007. La Haute Volta est devenu Burkina Faso (pays des hommes intègres) en 1984 sous le jeune président marxiste Thomas Sankara,  qui il y a tout juste 20 ans (15 octobre 1987) a été tué lors de la prise du pouvoir du pays par Blaise Compaoré, actuellement président du Burkina Faso. La commémoration de sa mort, est un peu occultée par les cérémonies officielles célébrant les 20 ans du pouvoir en place. (Pratiquement jour pour jour, mourait il y a 40 ans Che Guevara)

 

            Nous arrivons à Bobo-Dioulasso en fin de matinée. Bagheera se faufile aisément (toujours grâce à l'habilité de son chauffeur) au milieu des deux roues qui sont un peu les rois dans grand nombre de citées africaines.

 

            Deuxième ville du pays, Bobo-Dioulasso est considérée comme la capitale culturelle et artistique du pays. Son nom est formé pour réconcilier les ethnies Bobo et Dioula, So voulant dire maison.

 

            Nous n'avons pas gardé les points GPS de l'association de Djélia, si bien que nous tournons en rond dans le quartier, les rues terreuses bordées d'échoppes diverses se ressemblant toutes. Finalement après avoir demandé maintes fois notre chemin, nous arrivons devant l'entrée de l'asso. Papa Kouyaté n'est pas là ! Ce n'est pas grave, le gardien nous trouve deux jeunes  garçons travaillant à l'asso pour nous conduire à la maison de Papa qui nous attend plus où moins, notre dernière communication téléphonique datant de la frontière Mali-Burkina et comme il ne nous a pas été possible d'acheter depuis une carte Sim du réseau téléphonique du Burkina nous n'avons pas pus lui préciser le jour réel de notre arrivée à Bobo-Dioulasso.

 

            Pap. Nous accueille à l'africaine, c'est à dire très chaleureusement et sans chichi, nous proposant même de coucher dans une chambre d'amis, mais nous refusons poliment l'invitation. Nous avons la possibilité de garer Bagheera le long du mur de son jardin et c'est toujours un peu délicat d'imposer notre chien (n'est ce pas Jean-Claude) où de le laisser seul dans le camion. C'est que nous avons nos manies et nos habitudes !

            Nous n'aurons pas la chance de revoir Peggy sa femme (et fille de notre grand ami Jean-Claude, ci dessus nommé) et leur fils Tama qui a 7 mois car ils sont repartis depuis le mois d'octobre en France.

            Pap. Architecte de métier est maintenant scénographe. Il évolue aisément dans le milieu théâtrale et cinématographique comme pas mal de membre de la famille Kouyaté. Responsable depuis de longues années de l'association Djélia qui s'occupe de soutien scolaire pour enfants et qui mène également des activités culturelles avec des animations théâtrales, de peinture et de musique, il rêve maintenant de devenir agriculteur à Koloko, près de la frontière malienne où il possède des terres. Son petit jardin de Bobo est un véritable parc à expérience végétale. A chaque voyage en France, il ramène de nouvelles plantes et arbustes qu'il s'empresse de planter en terre africaine, si bien que dans son petit espace vert de ville, on peut voir un cerisier, un pied de vigne, une passiflore, un olivier, des bambous, des aloès et  trouver et sentir du basilic à foison.

            Papa reçoit beaucoup de visiteurs, mais depuis que nous sommes là, dès qu'ils franchissent son lourd portail métallique, leur élan est brutalement stoppé à la vue d'Ulysse qui somnole devant la porte de la maison. Certains de ses amis demandent d'éloigner provisoirement le chien, d'autres se montrent plus téméraires et osent faire, tout en tremblant et en serrant les fesses, les quelques pas qui séparent la rue de la maison. La ramasseuse des poubelles disparaît illico et kaddy, la petite voisine de Papa s'enfuit en criant et en pleurant lorsqu'elle se retrouve nez à nez avec le gros chien noir au bandana rouge, sous les rires des nombreux adultes dans la rue que nous soupçonnons d'être les instigateurs de la rencontre. Eve et Papa, pour s'excuser et rassurer l'enfant se rendent chez les parents de la fillette qui aura sûrement beaucoup de mal à se remettre de ses émotions. Toute la famille rigole pendant que la fillette tremble encore de peur. Mais Papa n'est pas le dernier pour surprendre et vouloir faire peur à ses potes ou à ses visiteurs parfois importuns avec son nouvel ami négro.

 

            Papa Kouyaté beau et jeune rasta se révèle rapidement être un Sankariste convaincu. Il comble nos lacunes sur la période révolutionnaire de 1984 à 1987, période courte pendant laquelle Thomas Sankara, après un coup d'état destituant le commandant Jean-Baptiste Ouédraogo n'aura de cesse de lutter contre la corruption, en faveur de l'émancipation des femmes et pour le redressement économique du pays. Aujourd'hui encore, dans les pays de l'Afrique de l'ouest son nom est évoqué avec nostalgie.

 

            Mais cette journée et demi dans la maison de Papa ne sont pas signe d'oisiveté. Eve profite du calme et de l'électricité pour travailler de longues heures à l'élaboration des Baobabs sur l'ordinateur. La fatigue visuelle du soir rappelle certaines fins de journées au travail. Omar, un très proche ami de Papa conduit Marc chez un garagiste qui pour 5000 F/CFA démonte et remonte le pare-brise. Espérons que cette fois il tienne mieux.

Notre halte à Bobo nous permet également de retourner dîner au Bambou où nous avons le plaisir de nouveau de bien manger et d'assister cette fois au concert d'un groupe de musique traditionnelle composé d'adolescents. Nous passons une agréable soirée.

 

            Mais le voyage continue. En attendant que Papa se lève, (il n'est pas du matin) nous faisons un bref ravitaillement au « Marina Market ». Dans la ville les cybercafés ne manquent pas mais nous ne choisissons pas le plus rapide et ça énerve. Pas moyen d'envoyer des photos !

 

            Nos adieux faits à Papa, nous prenons à quelques kilomètres de la sortie de Bobo, la piste de Saré qui est fortement gâtée sur environ 15 kilomètres. Le point GPS du petit village de Clarisse et Nako nous permet d'en retrouver sans difficultés la petite piste qui en cette fin de saison des pluies n'a plus du tout le même aspect que lorsque nous étions venus en saison sèche. Nous roulons entre les champs de mil et de maïs jusqu'à apercevoir les humbles maisons  de la famille de Nako, nous nous garons à proximité sans être trop proche car nous nous rappelons qu'il y a de nombreux chiens dans les parages. Le bruit du moteur du camion fait sortir quelques silhouettes des maisonnettes. Rapidement nous apercevons Nako qui vient vers nous tenant dans ses bras son bébé. Nous faisons la connaissance de Latifa, une jolie poupée de quatre mois ressemblant à son papa Hamadou. Tout comme à Sidi, la première chose que nous faisons après les accolades de retrouvailles est la distribution des photos faites lors de notre première rencontre en début de cette année. Malheureusement pour nous, Clarisse et son fils Steven ne sont plus ici mais dans un autre village chez d'autres membres de sa famille. En regardant les photographies, Nako remarque qu'elle porte aujourd'hui le même tee-shirt jaune vif qu'il y a quelques mois mais que maintenant il est délavé et plein de trous (nous lui laisserons deux tee-shirt neufs mais blancs)   

 

            Une fois revenue de sa réelle surprise de nous revoir, Nako propose à Eve de l'accompagner chez une de ses belles sœurs au centre du village de Saré. Sous son fichu, Nako nous montre qu'elle n'a plus de cheveux et que son crâne rasé est recouvert de pustules purulentes. Elle dit avoir « la Caba » (en langage Dioula) ce qui doit se traduire pour nous comme étant la teigne. Les piqûres prescrites par le médecin ont semble t'il été inefficaces et c'est pour cette raison (mais aussi peut être pour des problèmes d'argent) qu'elle a recours tous les jours à la médecine traditionnelle africaine. Latifa semble elle aussi avoir les premiers symptômes de la maladie.

 

            Nous passons à travers les champs de mil blanc et mil rouge, les plants de bissap bien rouge, les parcelles de coton et de choux qui par manque d'eau n'ont pas bien poussés, alors qu'à d'autres endroits les récoltes peuvent être gâtées car il y aura eu trop de pluie !

 

            Arrivés dans la cour de plusieurs maisonnettes en terre, Nako se lave le cuir chevelu avec du savon et s'appose ensuite sur les plaies une pommade faite d'un mélange de beurre de karité, et d'herbes officinales (secrètes) pilées très finement et brûlées. La pâte est noire comme son crâne. Pendant les soins de Nako,  Eve est assise sur un petit tabouret au milieu des enfants vêtus de loques ou pour les tout petits simplement nus. La cour est sale et poussiéreuse, les marmots intrigués, dévisagent, tout en se roulant dans la terre sentant l'urine, cette blanche qui ne comprend pas un mot de leur langue. Personne à part Nako ne parle le français, les femmes, pratiquement toutes les seins nus, sont assez distantes. Un vieux est alangui sur une petite chaise basse, une vieille  tente de consoler en le berçant un enfant qui réclame le sein de sa mère. Eve n'est que la spectatrice de ce petit bout de vie quotidienne africaine sans pouvoir communiquer.

 

            La balade avec Mamadou à travers la brousse de Sidi a provoqué chez Eve de sérieuses ampoules (c'est pas la peine de rire) dues au frottement des lanières plastiques des tongs sur les côtés des deux pieds mais la petite blessure du pied gauche ne veut pas cicatriser et s'infecte. Eve soigne son bobo et se protège de la poussière par un bandage mais le pied a tendance à gonfler.       

 

            La nuit tombe, c'est la fin de journée de durs labeurs pour les hommes, les femmes et les enfants qui pour la plupart ne vont pas à l'école. Il y a l'attroupement coutumier autour de Bagheera et Ulysse est redevenu la vedette de tout le monde.

 

            Tout comme avec Mamadou à Sidi, ici à Saré nous sommes les invités de Nako. Mais nous ne sommes pas conviés à partager les repas avec la famille, Nako nous apporte elle même dans de petits faitouts les plats qu'elle cuisine, c'est à chaque fois du tô (pâte à base de farine de mil, de maïs ou de sorgho accompagné d'une sauce verte et gluante à base d'oseille) que nous mangeons soit avec les doigts, soit avec une cuillère. Nous n'avons aucun privilège, nous mangeons ce qu'elle prépare pour sa famille, en sa compagnie et parfois avec Moïse, un adorable gamin qui parle le français et nous coupe du bois pour faire griller les épis de maïs.

 

            Le lendemain matin, Nako, Jacqueline, une vieille du village, et quelques jeunes femmes et enfants viennent prendre le café au camion, les hommes qui partent au champs font également une petite halte. Cette fois, nous avons pris nos précautions, nous avons apporté deux grandes boites de café soluble ainsi que de nombreux paquets de gâteaux sucrés. Nous assistons encore une fois avec quelle avidité les adultes se jettent sur les gâteaux ne laissant que les petits morceaux et les miettes pour les plus jeunes.

            Sous peine de voir sa réserve de café diminuer comme « neige au soleil d'Afrique » Nako s'empresse de refermer son bocal et garde jalousement à ses pieds, comme l'a fait Jacqueline la dernière fois, sa boite métallique remplie de galettes.

           La journée se passe au rythme du village, chacun et chacune vacant à ses taches habituelles. Le matin, Eve et Nako partent ensemble récolter les épis de maïs et les petits choux verts. C'est la saison de récolte des haricots. L'après midi est consacré au bavardage et à un peu de couture car il est grand temps de faire la moustiquaire de porte arrière. Marc répare avec les moyens du bord la petite moustiquaire de lit de Latifa qui en guise de couffin dort dans une grande bassine ronde remplie de tissus et de chiffons que nous « ornons » pour Latifa d'une petite peluche.

            Sous les regards attentifs et curieux des hommes rentrés des champs, marc tente encore une fois de remonter correctement le flexible de la direction assistée ! Nous sommes encore mis à contribution pour recharger la batterie de la famille de nako.

 

            Le soir, près du camion, c'est en petit comité que nous nous installons autour d'un feu de braises. Eve, copiant sur Papa Kouyaté prépare de frites d'igname. Comment faire, nous direz vous lorsqu'on a pas de friteuse et encore moins électrique, et bien à l'africaine tout simplement. Tout d'abord faire de la braise entre trois pierres  avec du bois mort coupé, ramassé et ramené par les enfants !! y déposer dessus un faitout ou une marmite (en l'occurrence le plat à tajine en alu du Maroc) qui aura assurément le cul noir après cuisson. Faire bouillir dans la marmite de l'huile, de palme tant qu'à faire et y plonger les racines d'igname coupées en frites. Voilà à table ! Nako nous a préparé un tô de maïs et un plat de haricots.

 

            Le matin du vendredi 19 octobre, c'est le moment pour nous de continuer notre route vers le nord du pays et quitter encore une fois Nako et Latifa. Nous ne savons pas si un jour nous les reverrons, elle parle de quitter Saré et partir avec sa fille (Hamadou suivra s'il le veut !) pour rejoindre sa région natale dans le sud ouest du pays, la région du peuple Lobi.             Malgré l'extrême pauvreté de nos hôtes, nous repartons du village avec un pochon de haricots sucrés et haricots cailloux (petits haricots secs, blancs et bruns) une pastèque, une dizaine d'épis de maïs, un sac d'arachide et un sac de poudre de séné (arbre à gousses) soit disant efficace contre le paludisme mais après consultation de notre dico ses vertus seraient plutôt laxatives.

 

            Bagheera reprend la petite piste plus adaptée aux vélos qu'à un gros 4X4. La silhouette de notre amie disparaît petit à petit, nous laissons Nako et Latifa à leur vie africaine si dure.

 

 

 

Mille bisous à vous. Eve, marc et Ulysse.

 

                      

         



26/02/2008
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