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Baobab n°07 Le Burkina Faso - 1/4

Le Baobab N° 07 (Burkina-Faso)

 

 

            Samedi 13 octobre. Nous avons bien profité de cet agréable bivouac prolongé aux chutes de Farako au Mali, maintenant en route pour le Burkina-Faso, le pays des hommes intègres, qui n'est qu'à quelques kilomètres.

 

            Les formalités pour sortir du Mali se font sans aucun souci, cela se complique au poste de douanes du Burkina car d'emblée on nous refuse notre Carnet De Passage en Douanes, en voulant nous imposer le laissez-passer et les 5000 F/CFA. Bien sur, nous ne sommes pas d'accord et il s'ensuit sans tarder une discussion houleuse, bien regrettable aux yeux d'un douanier qui en ce jour de fête (c'est la fin du Ramadan) ne voudrait pas avoir à « palabrer » avec des blancs. Les fonctionnaires ont parait-il reçu des ordres « d'en haut » et d'après eux, tout cela vient que maintenant avec le CDPD, les douanes ne perçoivent plus aucunes contributions, alors qu'avec le laissez-passer, l'argent perçu de suite va dans leurs caisses. Le douanier nous fait remarquer que le Burkina Faso ne figure pas sur la liste, inscrite au dos ne notre carnet, des pays ayant une association signataire des conventions douanières relatives à l'exportation temporaire des véhicules privés. Devant ce fait et totalement pris de court devant cet argument (il y a six mois nous n'avions eu aucun souci avec notre CDPD) nous faisons nos plates excuses aux deux fonctionnaires pour avoir légèrement douté de leurs dires. Puis, après une brève discussion entre eux, les douaniers reviennent sur leur décision, ils ne parlent plus de nous délivrer le laissez-passer, ni de nous faire payer mais bien de remplir notre CDPD !! (Faut pas chercher à comprendre)

 

            Nous ne sommes plus très loin du village de Sidi mais nous préférons nous arrêter à une quinzaine de kilomètres pour déjeuner tranquillement. Nous sommes encore l'attraction du jour et les quelques badauds adultes qui osent s'approcher du camion restent, après les salutations d'usage, silencieusement plantés de longues minutes à détailler cette camionnette jaune, ces toubabs blancs et leur chien noir.

 

            Nous ne sommes pas cachés de la route et les nombreux cyclistes qui y passent ont tout le loisir de nous regarder. Un jeune garçon en tee-shirt rouge, prend même le temps de s'arrêter sur le bas côté pour nous observer très attentivement. Il en laisse tomber son vélo pour venir à nous. Un large sourire se dessine sur son visage, c'est Mamadou !

« Oh ! C'est vous, vous êtes revenus ! Ulysse, tu es là toi aussi ! » Mamadou tombe dans les bras d'Eve en pleurant presque de joie. « Vous êtes revenus ! »

            Il se rend à Orodara pour assister à une réunion scolaire de pré-rentrée (Mamadou a 22 ans et redouble sa 3ème) visiblement il ne veut pas que nous arrivions dans son village sans lui, il nous demande de l'attendre, sa réunion devant durer jusqu'à environ 17 heures. Il est 14 heures, nous attendons donc patiemment, avançant de temps en temps Bagheera pour suivre l'ombre de notre arbre protecteur du soleil.    

 

            Une fillette d'environ une douzaine d'année se poste debout à quelques mètres de nous en plein soleil. Elle et ses trois frères vêtus de haillons et pieds nus ne nous approchent qu'après en avoir été prié par Eve, au moins pour se mettre à l'ombre d'un maigre arbuste. L'enfant semble comprendre un peu le français mais ne le parle presque pas. Le plus grand de ses frères à huit ans et tous les deux ont en charge des jumeaux de 2 ans. La petite fille a les cheveux rasés et de grands yeux en amande bordés de longs cils recourbés, elle est très jolie, mais sortir l'appareil photo dans un tel moment ne peut être qu'indécent. La communication est pratiquement impossible, les enfants restent silencieux. Eve ne peut avec eux que partager un paquet de gâteaux et leur offrir de l'eau à boire. La grande sœur veille avec grande douceur et prodigue des mots doux aux jumeaux qui apprécient sans aucun doute les biscuits sucrés. Puis, au bout d'une demie heure environ, aussi discrètement qu'elle était arrivée, la fillette nous remercie, charge un des jumeaux sur son dos, le second se retrouve à califourchon sur l'autre garçonnet, et tous les quatre repartent tranquillement à travers brousse.

            Triste et émouvante image que ces enfants dépenaillés et indigents qui s'en retournent vers leur quotidien de pauvreté et de privation. Mais que pouvons nous y faire, nous là maintenant ! Nous qui dans quelques minutes allons ouvrir notre réfrigérateur pour y prendre deux bières fraîches, nous qui avons mangés déjà deux fois en ce jour et qui sans aucun doute allons encore remplir nos estomacs ce soir, nous qui nourrissons quotidiennement notre chien comme un homme ! Nous mesurons encore une fois notre impuissance.

 

            Mamadou nous revient (bien avant 17 heures) tout en sueur, tellement il a dû appuyer fort sur les pédales de son vélo. Nous embarquons dans l'écrase-buffle, Mamadou tout fier et heureux ainsi que son bicycle chargé d'un gros sac et nous faisons route ensemble vers Sidi. A cause des champs en culture et de la piste un peu gâtée par l'hivernage, le camion a un peu plus de mal à se faufiler entre les rangées de mil. Le camion jaune suscite encore cette fois l'attroupement du village et surtout un réel étonnement de nous revoir si tôt.

 

            A peine arrivés, Mamadou nous fait faire sans tarder la tournée des concessions proches pour honorer les amis, la famille, le vieux du village dont la femme malade ne peut venir nous saluer.

            La distribution des photos  prises lors de notre précédent passage provoque rires et cris de joie. Awa, une fillette dont Eve a fait un joli portrait, refuse tout d'abord de se reconnaître.

Nous restons avec les villageois jusqu'au lundi matin. Outre les photos, nous offrons au village des jeux de boules en plastique, des jeux de badminton et des jeux de cartes. Tout le monde est enthousiasme (surtout les 18 – 30 ans) les deux ballons de foot offert gracieusement par Pascale notre voisine du Moulin Piard déclenchent même des applaudissements.

            Les boules ont rapidement du succès auprès des garçons (les jeunes filles et fillettes sont occupées à des tâches ménagères) Eve réussie avec beaucoup de difficultés à créer une équipe exclusivement féminine. Pendant ce temps, Sally pile le sorgho tandis que la tante de Mamadou passe les graines pilées au tamis, Eve se joint à elles. 

 

            Pendant notre bref séjour, nous sommes totalement pris en charge par Mamadou. A part notre petit déjeuner traditionnel que nous prenons bien sagement enfermé dans le véhicule (un peu en cachette quoi !) nous mangeons toujours en sa compagnie dans différentes maisons. Le matin, Mamadou qui rôde dans nos parages attend que nous ouvrions la porte  pour nous inviter à se joindre à lui et partager ainsi le bol de bouillie de mil (qui n'est pas notre plat africain préféré). Sally, sa belle sœur nous prépare tous les repas et nous savons que nous sommes privilégiés car nous mangeons avant tout le monde et nous avons droit à chaque fois avec les légumes (igname, spaghetti, pampara - poids de terre) des morceaux de viande. La fois où le poulet destiné à nous servir de met s'est enfui dans les champs de mil pour sauver ses plumes et sa peau, le frère de Mamadou à tué un lapin (Ils en font l'élevage)

La cuisine de Sally est savoureuse, nous nous plions aux coutumes africaines en mangeant avec les doigts (de la main droite) et buvant tous dans le même récipient un fois le repas terminé. Marc ne peut avaler le lait caillé, par contre il ne rechigne pas pour un gobelet de vin de palme ou de bière de mil (il n'y a pas que des musulmans dans le village !)

 

            Le samedi soir, les griots (musiciens et conteurs de père en fils) viennent auprès du camion pour jouer du balafon et du djembé. Ce sont d'abord les garçons de 8 à 10 ans qui dansent frénétiquement puis les ados (toujours garçons) enchaînent. Les femmes et les jeunes filles arrivent plus tard en petit nombre et se lancent elles aussi dans la danse à petits pas cadencés. Si le rythme des danses n'est pas rapide, les mouvements des jolis petits postérieurs bien rebondis des jeunes burkinabées sont plutôt bien trépidants et attirent le regard du seul spectateur blanc !

            Les griots jouent sans discontinuer pendant plusieurs heures et nous devons les « approvisionner » en vin de palme. Les danseurs à force de piétiner la place, font beaucoup de poussière. Mamadou charge une jeune fille d'aller chercher une bassine d'eau à la pompe pour tremper le sol.

 

            Au village, il y a une télévision. Certains soir, tout le monde se rassemble autour du lecteur DVD et du petit écran qui diffuse de très mauvaises images en noir et blanc des vidéos musicales africaines. Eve demande si les vidéos sont louées ou achetées, on lui répond qu'ici, on se débrouille tout simplement !

            Mais voilà, pour regarder la télé dans un village où il n'y a pas l'électricité, il faut des batteries et pour les recharger quand elles sont à plat, il faut les emmener à la ville voisine  distante de plus de 15 kilomètres. Nous nous proposons de recharger celle de la télévision qui est sur le point de rendre l'âme, du coup, on nous en amène plusieurs de tailles différentes.

 

            Après la grosse chaleur du dimanche après-midi, Mamadou nous mène à travers la brousse, les champs de mil, de coton dont la récolte va bientôt commencer, de bissap et de plants de sésame. Sidi est un grand et vaste village composé de près de vingt concessions (hameaux) séparer les uns des autres de plusieurs centaines de mètres voir de quelques kilomètres. Certains enfants doivent faire plus de quinze kilomètres pour se rendre à l'école. Pas étonnant, que certains jours, il y ait un fort taux d'absentéisme dans les classes.

           

            Toutes les concessions ne possèdent pas de forage d'eau, le remplissage des bassines et des bidons est le lot quotidien de beaucoup de fillettes, jeunes filles et femmes. Mamadou nous « traîne » à l'école qui est fermée et le centre de santé où c'est le calme complet en passant par chez Albertine, une femme catholique qui élève quelques cochons, puis chez Célestin, ancien gendarme à la retraite également catholique chez qui, nous avons le malheur d'accepter un pichet d'eau. Rien que l'odeur aurait pût en faire fuir plus d'un, mais il est trop tard pour refuser et pour ne pas froisser notre hôte, nous nous risquons à y tremper les lèvres et même à en boire un peu. Pouahhhh ! C'est dégueu ! Un vrai  goût de chiotte ! Il nous faudrait un antidote au plus vite, une bière par exemple mais nous sommes loin du camion et il n'y a pas de bar en vue ! Advienne que pourra, cela nous apprendra à partir en brousse sans notre eau !

            Dans le hameau suivant, il n'y a qu'une jeune femme et ses jumelles de quelques mois qui dorment sur une natte posée sur le sol poussiéreux. Une vieille femme rentre des champs une bassine d'arachides sur la tête, elle ne nous connaît pas mais elle tient à nous offrir un sac de ses cacahouètes !

 

            L'appareil photo ne fait plus peur, d'autant plus que nous sommes en compagnie de Mamadou qui nous sert d'interprète. Les femmes ajustent leurs coiffes, les garçons posent comme des stars de foot. Une maman oblige sa fillette à revêtir sa plus jolie robe de « princesse » et à poser sérieusement devant l'objectif. L'imam veut être prit avec deux de ses amis sur le tapis de prière et le coran dans les mains et une des trois épouses veut un portrait de leur fillette. Sally ose montrer son ventre rebondi, elle attend son second enfant, mais sa petite fille Aïcha ne sourit pas et fait la « mine serrée »

 

            Le lundi matin, nous ne pouvons pas passer à côté du bol de lait caillé et de la coutumière bouillie de mil. Il est hors de question de partir sans avoir encore une fois saluer le Vieux que nous devons attendre patiemment car son « boulot » de féticheur l'a appelé dans la colline voisine. Il revient avec deux poules qui, à la vue de leurs piteux états ont subi un sacrifice.

           

            Mamadou, bien triste de nous voir repartir, nous accompagne ainsi que Sally jusqu'au goudron. Cette fois, nous ne pouvons pas leur promettre que nous reviendrons à Sidi. Nous espérons seulement que lorsque nos envies de voyage au long cours  nous aurons passés, nous reviendrons au Burkina-Faso, le pays des hommes intègres !

 

            Nous prenons la route de Bobodioulasso, nous allons essayer de retrouver les locaux de l'association Djélia et rencontrer Papa Kouyaté.

 

 

 

Milles bisous à vous, Eve, Marc et Ulysse.

          

 

 



26/02/2008
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